Vendredi 30 octobre 2020

Bâle (Suisse)

Comment Ensor devint Ensor

Kunstmuseum. Jusqu’au 25 mai 2014

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 16 avril 2014 - 440 mots

« Les masques intrigués : James Ensor ». Intrigués, mais par qui ? Par quoi ? Voilà un titre intrigant – il reprend le titre d’une toile de 1830 –, tant l’exposition semble si peu se concentrer sur le « grotesque » dans l’œuvre du grand artiste belge (1860-1949) que les expositions du Musée d’Orsay et du MoMA auront remis – et c’est tant mieux – au goût du jour en 2009.

Car l’exposition bâloise profite de la fermeture pour travaux du Musée royal des beaux-arts d’Anvers pour déployer une partie de sa magnifique collection d’œuvres du peintre et graveur, enrichie, comme il se doit, de collections privées suisses et d’estampes de son propre fonds. Mais ce qui aurait pu être une exposition opportuniste de plus, à Bâle, prend la forme d’une démonstration. Partant d’une adorable petite marine de 1876 (une voiture baignoire) pour aller jusqu’aux Masques intrigués de 1930, le Kunstmusem montre un véritable cheminement, celui d’un peintre formé à la copie des maîtres flamands et qui, d’abord épris du pleinairisme de Courbet, va peu à peu abandonner ses qualités de peintre naturaliste pour glisser du côté de l’expressionnisme et de la couleur. Dès La Mangeuse d’huîtres qui fit scandale en 1882, on comprend qu’Ensor n’est pas un peintre comme les autres. Cet artiste d’intérieur aimant à représenter ses proches – comme Vuillard à la même époque – va peu à peu se tourner vers l’intériorité et l’étrangeté. C’est la découverte de son voisin Van Gogh qui est l’élément déclencheur, libérateur ; Van Gogh et sa touche « virgule » que l’on reconnaît sans difficulté dans le Jardin d’amour (1891) ; Van Gogh et le japonisme aussi, dont l’exposition montre combien Ensor fut toute sa vie un adepte, et qui explique sans doute aussi son goût pour les masques. Mais Van Gogh n’est qu’un passage dans la carrière d’Ensor, un tremplin vers le fantastique et le bizarre qui feront de lui un artiste sans équivalent. La touche s’estompe quand arrivent les masques, en 1888. La peinture se fait quant à elle dessin, et l’aimable petit-bourgeois de basculer du côté du théâtre de la « folie » humaine. Du moins est-ce que James Ensor veut nous faire avaler : « Ensor est un fou », écrit-il sur le mur du Pisseur (1887). Quand il ne s’identifie pas directement au Christ (L’Homme de douleur, 1891), James Ensor se représente en Squelette peintre (1896) – l’infrarouge a révélé que le squelette avait au départ les traits de l’artiste. Un fou qui aura passé sa vie à faire table rase de ce qu’il avait appris. Cent ans plus tard, James Ensor aurait été rangé parmi les outsiders.

« Les masques intrigués : James Ensor »

Kunstmuseum, St. Alban-Graben 16, Bâle (Suisse)
www.kunstmuseumbasel.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°668 du 1 mai 2014, avec le titre suivant : Comment Ensor devint Ensor

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