Claude Picasso « Picasso faisait partie d’un projet qui n’est plus celui d’aujourd’hui »

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 19 septembre 2013 - 723 mots

Fils de deux peintres, Pablo Picasso et Françoise Gilot, Claude Picasso est un connaisseur de l’œuvre de son père dont il gère la succession. Et un passionné d’art contemporain.

Quel est l’héritage de votre père dans l’art contemporain ?
Claude Picasso : Dans le cadre d’un numéro spécial Picasso des Cahiers de L’Herne [à paraître], le journaliste Laurent Wolf a approché plusieurs artistes de moins de 40 ans pour savoir ce qu’ils pensaient de Pablo Picasso. Mais nous avons eu un mal fou à trouver des artistes qui voulaient bien s’exprimer sur lui. En même temps, cela nous a permis de comprendre que Picasso continuait à leur poser question. Ce dernier est revenu sur la scène à partir des années 1980, grâce à une série d’expositions, dont celle de la Royal Academy à Londres, « New Spirit in Painting », qui, en 1981, confrontait Warhol, Schnabel et d’autres artistes à l’œuvre de Picasso. Cela a eu pour effet de stimuler, ou de conforter, un certain nombre d’artistes, comme Baselitz, à suivre la voie de la peinture. Après une période de désintérêt, tout le monde s’est mis à réexaminer l’œuvre de Picasso, dont les « derniers Picasso » que l’on ne voulait pas regarder auparavant, y compris des personnes dont on ne soupçonnerait pas qu’elles ont été influencées. Richard Serra m’a dit un jour qu’il avait fait de la sculpture monumentale parce qu’il avait trop peur de peindre.

Pourquoi Serra craignait-il de faire de la peinture après Picasso ? Ce dernier était-il allé trop loin ?

Mais Picasso a tout foutu en l’air, ceci à partir des Demoiselles d’Avignon ! Ensuite, il s’est évertué à tout reconstruire. Matisse a dit un jour que l’on retrouverait Picasso pendu devant ses Demoiselles. Cela aurait pu arriver.

Quels sont les artistes qui, selon vous, ont intégré les leçons du maître ?
Il y en a plusieurs : Equipo Crónica, David Hockney, Louis Cane… Toutes sortes de gens plus ou moins excitants.

Comment analysez-vous le fait que les jeunes artistes ne souhaitent pas s’exprimer sur lui ?

Picasso faisait partie d’un « projet » qui n’est plus celui d’aujourd’hui. Ils ont une autre idée de la place de l’artiste dans la société. Picasso et ceux de sa génération étaient des peintres. Aujourd’hui, ce sont des « artistes », davantage situés dans la continuité de Marcel Duchamp. Ils s’attachent plus à montrer qui ils sont, sans se coltiner l’histoire : il n’y a plus, par exemple, de prises de position sur l’histoire de l’art. Les artistes actuels ont appris un métier, et comment le faire « fructifier ». Cela n’a plus rien à voir.

Ne sont-ils pas tout de même redevables envers Picasso qui, devant les médias, par exemple, valorisait sa position d’artiste ?
Ils ont fait plus que l’intégrer, ils en ont fait « la » chose ! Je crois que, chez Picasso, cette conscience était plus accidentelle. À la différence de Duchamp, il n’y avait pas une pensée organisée : il s’est retrouvé piégé et a été, par conséquent, agréable à un engouement médiatique auquel il a certes participé, mais souvent à contrecœur.

Picasso était-il sensible, à la fin de sa vie, à l’art contemporain ?
Je ne sais pas ce qu’il en pensait. À la fin des années 1960, lorsque je suis allé vivre à New York, j’aurais trouvé amusant de pouvoir lui raconter ce que je voyais là-bas. Je vivais alors au milieu des artistes conceptuels ou du Land Art, comme Walter De Maria, auprès desquels Picasso n’avait aucun écho. Malheureusement, cela n’a pas pu se faire. Mais je pense que, comme beaucoup d’artistes à partir d’un certain âge, le sujet le passionnait moins. Lorsque Pierre Matisse racontait à son père ce qui se passait aux États-Unis, celui-ci ne trouvait pas cela très intéressant.

Comment aurait-il réagi devant des vidéos engagées d’Adel Abdessemed ou d’autres artistes ?
Malgré une grande curiosité, je pense qu’il ne les aurait pas regardées. Il avait déjà du mal à accepter les abstraits, dont il trouvait le travail trop facile !

Les artistes que vous rencontriez à New York étaient-ils curieux de votre père ?

Pas tellement. Moi-même, je ne recherchais pas cette discussion. J’avais 20 ans, j’étais journaliste, ce qui m’intéressait était l’art en train de se faire. Aujourd’hui encore, j’ai besoin des artistes, de fréquenter leurs ateliers, là où je suis né.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°661 du 1 octobre 2013, avec le titre suivant : Claude Picasso « Picasso faisait partie d’un projet qui n’est plus celui d’aujourd’hui »

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