Dimanche 21 octobre 2018

Christopher Wool, la peinture moderne désublimée

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 1 juillet 2006 - 326 mots

Figure emblématique de la scène new-yorkaise, Christopher Wool est de ces artistes dont l’influence et l’importance restent encore à clarifier de ce côté-ci de l’Atlantique. Après l’exposition significative que le Consortium de Dijon lui consacra en 2002, c’est au tour du musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg de préciser une œuvre bien souvent réduite à une stratégie postmoderne baignée de nihilisme sur fond de poétique punk. À son tour de reprendre les étapes d’une réflexion sur le processus pictural affûtée dès les années 1980.
Photographie, images puisées dans la culture de masse, peinture sur émail ou aluminium, pochoirs, motifs sérigraphiés appliqués au rouleau, tampons, bombe aérosol, tramages, les méthodes et outils diversement empruntés par Christopher Wool convergent vers un même programme : décomposer, désublimer la peinture moderne. Lui retirer toute autorité, toute tentation « auratique » et idéologique. Commenter ses limites et produire de nouvelles images, à leur tour décomposées.
« Sell the house, sell the car, sell the kids. » À la fin des années 1980, Christopher Wool amorçait une série de words paintings en noir et blanc, utilisant des mots ou expressions provocantes comme matière picturale. Mots devenus images dont il recouvrait la toile et dont les césures aléatoires brouillaient le déchiffrage. Une méthode conceptuelle appliquée à la peinture pointant les limites de la communication par le langage.
Et alors que mots et peinture semblent vidés de leur contenu symbolique, que les techniques requises par l’artiste américain jouent de mécanismes impersonnels, les années 1990 voient revenir les fantômes de l’expressivité et du sujet pour mieux les digérer et les faire disparaître.
Christopher Wool reprend son travail en procédant par recouvrements, biffures de ses propres motifs, accidents de peinture, corrections et effacements. Autrement dit, effacer par superpositions, pour « ériger la destruction comme méthode de construction personnelle ».

« Christopher Wool », musée d’Art moderne et contemporain (MAMC), 1, place Jean-Arp, Strasbourg (67), tél. 03 88 23 31 31, www.musees-strasbourg.org, jusqu’au 24 septembre 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°582 du 1 juillet 2006, avec le titre suivant : Christopher Wool, la peinture moderne désublimée

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