Vendredi 21 février 2020

Art brut

Chomo, du village au château

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2016 - 697 mots

À Tours, une exposition originale permet de redécouvrir ce créateur hors norme et son étonnant « Village d’art préludien ».

TOURS - Sculpteur, peintre, musicien, architecte, poète et cinéaste, Chomo (1907-1999) s’est fait le chantre de « la puissance des pauvres » comme le poète, naturaliste et essayiste Henry David Thoreau en son temps. « Un homme est riche en proportion du nombre des choses dont il sait se passer », écrivait au XIXe siècle l’auteur de Walden ou la vie dans les bois, qui vécut deux années dans une cabane retirée au bord d’un lac dans le Massachusetts. Roger Chomeaux dit « Chomo » habita, lui, pendant quarante ans, à l’écart du monde, en forêt de Fontainebleau sur une parcelle acquise par sa femme. « Je suis riche de pauvreté, ils sont pauvres de richesse », avait griffonné Chomo sur une pancarte, à l’entrée de son « Village d’art préludien », construit en prélude à une initiation nouvelle.

Après une formation aux Beaux-Arts de Valenciennes puis de Paris dans les années 1920 et 1930 et l’exercice du métier d’artiste décorateur pour une grande firme de tapis, Chomeaux décida de se retirer du monde. « Mon rôle, c’est de créer, de faire des recherches dans la sculpture, la peinture et tout ce qui est sensible », confiait-il au critique d’art et écrivain Laurent Danchin dans un livre d’entretiens (Chomo, éd. J.-C. Simoën, 1978).

C’est au début des années 1960 qu’il décide de tout quitter pour partir vivre en pleine nature, sur la commune d’Achères-la-Forêt (Seine-et-Marne).

Les commissaires d’exposition (Laurent Danchin épaulé par le commissaire-priseur Aymeric Rouillac) ont conçu au château de Tours un parcours en forme d’hommage à ce créateur hors norme. Un parcours en six étapes. La première, intitulée « Chomeaux avant Chomo », s’intéresse à la « préhistoire » de l’artiste, avant son départ à Achères. On découvre quelques saisissants portraits hallucinés, exécutés en 1941 pendant sa captivité en Pologne. Et d’étonnants bois brûlés qui furent montrés lors de son unique exposition commerciale, en mai 1960 à la galerie Jean Camion, rue des Beaux-Arts à Paris.

« J’ai mis quarante ans, disait-il, à me décrotter des académies et à comprendre que l’art, ce n’était pas la figuration de ce qui est, mais de ce qui pourrait être. L’art, c’est concrétiser du rêve. »
Les salles suivantes évoquent, à l’appui d’une cinquantaine de photographies et d’autant d’œuvres d’art, l’esprit du « Village d’art préludien ». Et les étapes de la création de ce « royaume » construit de ses mains à l’aide d’arbres morts, de tôles ondulées, de carcasses de voitures et de bouteilles de verre. Un village menacé par les outrages du temps et les intempéries, qui devrait être sauvegardé avec l’aide de l’Association des amis de Chomo.

L’église des Pauvres
Tous les samedis, dimanches et fêtes, Chomo recevait les visiteurs (salle 2) qui osaient s’aventurer sur le petit sentier bordé d’orties, de jouets cassés et de poupées qui serpentait vers son village. Après avoir frappé sur un gong pour se signaler, Chomo les accompagnait à la découverte de l’église des Pauvres (salle 3) construite en 1964-1965, de sa superbe rosace, de ses vitraux et de son immense Christ en boîtes de conserve. Puis, ils se dirigeaient vers le Sanctuaire des bois brûlés.
Sorte de prophète panthéiste, Chomo est convaincu que la nature abrite la vérité du monde et que le monde moderne dévoie cette vérité (salle 4). Très critique à l’égard du modèle occidental qui détruit la nature et perturbe gravement les grands équilibres, Chomo appelait à un retour de la spiritualité, à une forme de pauvreté en esprit très évangélique. « Pour évoluer, il faut être très pauvre », soutenait-il. Mais aussi « éviter de trop raisonner ». L’homme a plus besoin de mystère que de pain, ajoutait ce prédicateur sauvage qui achevait invariablement ses visites guidées dans son Refuge (salle 5), le plus beau bâtiment du village, où il offrait un « baptême au Vin sauvage. « Nous sommes à la fin d’un cycle, à la fin d’une civilisation », proclamait Chomo dans son film tourné en 16 mm, Le Débarquement spirituel (1987-1990). « Nous n’allons pas vers l’Apocalypse. Nous sommes dans l’Apocalypse. »

Faites un rêve avec Chomo

Jusqu’au 14 février, château de Tours, 25, av. André-Malraux, 37000 Tours, tél. 02 47 61 02 95, tlj sauf lundi 14h-18h, entrée 3 €, www.chomo.rouillac.com

Légende photo
Laurent Danchin, Chomo et Mickey, vers 1980. © Laurent Danchin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°449 du 22 janvier 2016, avec le titre suivant : Chomo, du village au château

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