Chapman

Les frères provoc’

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 6 août 2007

Stars de la scène internationale, les frères Chapman n’en finissent pas de moraliser la lecture de l’art. Après quinze ans de carrière sulfureuse, voici l’heure de la rétrospective à Liverpool. Saignante.

Même dans la presse britannique, l’expression « enfants terribles » revient – en français dans le texte – avec une régularité obstinée. Pour qualifier les frères Dinos et Jake Chapman (nés respectivement en 1962 et 1966), les adjectifs douloureux ne manquent guère. Qu’il suffise de puiser dans leur iconographie manipulée avec un impeccable sens de l’outrage. Et d’observer l’effet boomerang qui s’ensuit : enchaînements d’orgies, cauchemars, aberrations génétiques, mutilations, tortures et autres châtiments épouvantables sont servis fumants au spectateur.

Le label « Young British Artists »
Au menu de cette rétrospective : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’infernale paire britannique. Sur leurs bruyants débuts dans les années 1990, emmenant dans leur sillage le label YBA (Young British Artists) promu par le collectionneur Saatchi, sur leurs stratégies subversives, leur pénible vocabulaire et leurs multiples ambitions esthétiques.
Dès leur entrée en art contemporain, le ton est donné. Pour ne plus en changer ou si peu. « Nous sommes des oxymores scopophiles aux yeux de plaie », expliquent-ils. Sculptures, gravures et
dessins, la méthode énoncée par ces deux sceptiques provocateurs combine imagerie violente, références philosophiques, historiques, artistiques – Dante, Bosch, Goya, Nietzsche, Freud ou
Bataille – l’ensemble mâtiné de culture populaire. Le tout, surexposé, surmédiatisé. Et puis d’une laideur baroque qui ne dédaigne pas accents ironiques et hommages au grotesque.

« Bad art » pour « bad people »
Au-delà de la machine médiatique, des références appuyées à l’histoire de l’art, au-delà des virtuelles et discutables vertus cathartiques attribuées au spectacle de l’horreur, les tableaux jetés aux tripes du spectateur jouissant du show de la barbarie feraient de lui un complice. Ils prendraient à contre-pied l’idée d’un art moralement bonifiant.
Ou lui donnerait en tout cas matière à actualiser quelques antiennes : selon quels critères évalue-t-on l’art ? que regarde-t-on ? Comment la responsabilité du regard se partage-t-elle ? Regarder du (bon) art rend-il meilleur ? Et du mauvais ?

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°588 du 1 février 2007, avec le titre suivant : Chapman

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