Mercredi 21 février 2018

Musée de Brou, Bourg-en-Bresse (01)

Ce que portait en lui Zoran Music

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 19 novembre 2009

Le Musée de Brou à Bourg-en-Bresse est abrité dans le superbe monastère royal du même nom. Il rend hommage ces jours-ci à Zoran Music (1919-2005), qui aurait eu 100 ans cette année, à travers la première rétrospective depuis sa mort.

La dimension mystique du lieu est en parfaite résonance avec le mysticisme spirituel et artistique de son œuvre marquée par la déportation, mais qui évoque aussi la beauté de la nature et de la vie.
Zoran Music est né en Slovénie. Lors d’un séjour à Venise en 1943, il est arrêté et déporté à Dachau. Durant deux ans, au risque de sa vie, il réalise avec une grande économie de moyens une centaine de dessins de corps suppliciés d’une terrible précision documentaire. La liberté retrouvée, il peint des toiles inspirées de sa région natale où le trot léger des chevaux, la rondeur des paysans dalmates traduisent un monde de paix et de calme. Il découvre encore la beauté sauvage des paysages italiens. Il peint, avec des pigments naturels, les collines désertiques de Toscane baignées de silence, des rochers puis des séries de motifs végétaux scintillants de lumière, d’une grande beauté, d’où émergent peu à peu des charniers. Les souvenirs obsédants de la déportation resurgissent après plusieurs décennies. La série des années 1970/1975, « Nous ne sommes pas les derniers », exprime l’horreur de la chose vue et vécue, insoutenable, indicible, et délivre un message douloureux à l’humanité.

    L’évocation des camps alterne avec des séries poétiques et lumineuses : des vues de Venise, ville lagunaire somptueuse, insaisissable, enveloppée de brume. Et une vingtaine d’intérieurs de cathédrales aux parois vibrantes, immatérielles, parées de couleurs floues et indéfinissables.
Son inclinaison à l’introspection l’amène à réaliser une série bouleversante d’autoportraits et de portraits le représentant avec sa femme, Ida, dans son atelier, personnages côte à côte dans un sombre halo, figures humaines réduites à leur vérité absolue, d’une pureté originelle, peintes d’une palette restreinte aux blancs, ocre, orange, gris brun. Ces images intenses émergent de la profondeur, soumises à l’exigence de l’esprit et capturées par sa main. Les formes et les couleurs s’organisent sans hiérarchie sur la surface du tableau, tels des fantômes suspendus dans un univers oscillant entre être et néant.

    Cette petite exposition illustre de belle façon la phrase de Music. « Ce ne sont pas les yeux qui travaillent mais ce que l’on porte en soi. » Elle nous invite à découvrir l’univers de Music, son intériorité, sa profondeur, son mystère.

« Zoran Music : apprendre à regarder la mort comme un soleil », musée de Brou, monastère royal de Brou, Bourg-en-Bresse (01), tél. 04 74 22 83 83, jusqu’au 3 janvier 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°619 du 1 décembre 2009, avec le titre suivant : Ce que portait en lui Zoran Music

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