Samedi 28 novembre 2020

Peinture flamande

Avis aux spécialistes

La nouvelle exposition du musée Groeninge de Bruges s’adresse plus aux spécialistes qu’aux amateurs

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2010 - 417 mots

BRUGES - Pour qui en doutait encore, la dernière production du prestigieux Musée Groeninge de Bruges est un parfait exemple de l’effet contre-productif d’un marketing outrancier appliqué aux expositions temporaires.

Car, malgré son titre aguicheur, « De Van Eyck à Dürer » est loin de tenir ses promesses. Tout d’abord, parce que la manifestation traite d’un sujet qui n’est pas explicité dans son titre, mais uniquement dans son sous-titre, à savoir l’influence de la peinture flamande sur les artistes d’Europe centrale et orientale aux XVe et XVIe siècles. En 2002, le musée avait déjà exploré les rapports entre les artistes flamands et le sud de l’Europe. Il poursuit donc son travail de mise en perspective de ses prestigieuses collections flamandes. Le postulat est, cette fois-ci, d’expliquer comment les artistes de Franconie, Bavière, Bohème, Silésie ou des pays Baltes ont été progressivement conquis par les nouveautés artistiques flamandes, souvent grâce à la diffusion de modèles gravés, parfois par la circulation des artistes. L’Allemand Dürer a ainsi séjourné aux Pays-Bas entre 1520 et 1521.         

Aussi passionnant soit-il, ce sujet risque toutefois de décontenancer les visiteurs attirés par les deux grands noms apposés sur l’affiche. Certes, ils sont bien tous les deux présents : Van Eyck principalement grâce aux œuvres détenues par le musée, Dürer en clôture du parcours dans une belle salle dédiée à la Franconie et illuminée par un Portrait d’homme (1521 ou 1524, Musée du Prado, Madrid). Mais leurs peintures, dessins et gravures sont noyés dans un ensemble fleuve de près de 300 pièces, où se côtoient chefs-d’œuvre et peintures de qualité très inégale. Plusieurs belles séquences ponctuent néanmoins ce parcours. En confrontant documents graphiques et retables d’artistes méconnus, dont de très beaux dessins du maître anonyme du Portement de Croix de Worcester, originaire de Bavière, l’exposition s’amorce plutôt bien. Elle propose par la suite quelques belles salles consacrées à Dieric Bouts ou Martin Schongauer, et met en lumière le talent d’un Michel Sittow, importateur des formules de Memling dans sa ville natale des pays Baltes, l’actuelle Tallinn en Estonie (Portrait d’un inconnu, Musée Mauritshuis, La Haye). Le sujet aurait mérité une synthèse plus ciselée et plus intelligible pour le public. L’épais catalogue, avec ses notices détaillées, constitue en revanche une somme inédite sur la peinture encore méconnue de ces régions qui saura réjouir les spécialistes de peinture flamande.

De Van Eyck à Dürer,

Jusqu’au 30 janvier 2011, Musée Groeninge, 12, Dijver, Bruges, www.brugescentral.be, tlj sauf lundi 9h30-18h. Catalogue, éd. Hazan, 380 p., 55 euros, ISBN 978-2-7541-0508-8

De Van Eyck à Dürer,

Commissaire : Till-Holger Borchert, conservateur du Musée Groeninge
Nombre d’œuvres : 283

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°336 du 3 décembre 2010, avec le titre suivant : Avis aux spécialistes

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