Italie - Art moderne

Rome (Italie)

Aux confins de l’imaginaire

Villa Médicis – Jusqu’au 19 mai 2024

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 22 avril 2024 - 321 mots

Outsider -  Que se passe-t-il ? Voici que les fous, les marginaux, les ­laissés-pour-compte, ceux que personne ne regarde investissent la Villa ­Médicis, siège de l’Académie de France à Rome ! Il s’y déploie en effet une sélection de 180 œuvres de la collection de Bruno Decharme.

Collectionneur depuis près de quarante-cinq ans des œuvres de ces « autres » de l’art, autodidactes éloignés du milieu de la culture, Bruno Decharme a largement contribué en France à la reconnaissance de cet art brut conceptualisé par Jean Dubuffet en 1945. En 2021, par une donation au Centre Pompidou de près d’un millier d’œuvres d’art brut du XVIIIe siècle à aujourd’hui, il a notamment fait rentrer ces « outsiders » dans le temple de l’art contemporain. Il les fait aujourd’hui découvrir au public italien. Les princesses aux yeux bleus d’Aloïse Corbaz (1886-1964), grande amoureuse transie de l’empereur Guillaume II, les petites filles violentées d’Henry Darger (1892-1973), cet évadé d’une institution pour enfants attardés devenu portier d’un hôpital, sont ici chez elles. Les œuvres étranges de ces sublimes mendiants de l’existence, peuplées de créatures composites, de fantômes, traversées de paysages parsemés d’étranges zones noires ou de maisons volantes, nous transportent au long du parcours dans leurs épopées célestes. L’espace d’exposition, avec son large escalier, accompagne avec poésie cette envolée. Les femmes aux yeux clos, peintes par un certain Paul Humphrey (1931-1999), qui trompait ainsi sa solitude, accompagnent en une vague l’ascension d’un large escalier. À son sommet, nous sommes cueillis par les insomnies délicates et fiévreuses d’une mère endeuillée qui dessinait la nuit, en état de transe, avant d’être emportés par les lettres de Harald Stoffers (né en 1961) à sa mère, dont les mots ressemblent à des notes sur une partition, ou par celles de Joseph Lambert (né en 1950), qui ne savait ni lire ni écrire, mais s’imaginait le faire, sur des feuilles dont les tracés deviennent un paysage coloré. Ne sommes-nous pas soudain au ciel ?

« Épopées célestes. Art brut dans la collection Decharme »,
Villa Médicis, viale della Trinita dei Monti 1, Rome (Italie)

Thématiques

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°775 du 1 mai 2024, avec le titre suivant : Aux confins de l’imaginaire

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque