Samedi 15 décembre 2018

Au jeu des ressemblances

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 2 novembre 2007 - 540 mots

«”¯Design contre design”¯» joue des rapprochements formels, plus ou moins hardis, entre les objets et les mobiliers. Cela crée un parcours léger ponctué de quelques notes d’humour.

À l’inverse de la vaste rétrospective « Design, Miroir du siècle » de 1993, qui proposait un parcours chronologique, l’exposition « Design contre design » opte, elle, pour une présentation thématique. Sont, entre autres, abordés des thèmes tels la droite et la géométrie, la courbe et le biomorphisme, les sources d’influences du design, ou encore, les recherches sur la forme qui conduisent au déséquilibre, au difforme, voire à l’informe. Le visiteur passe ainsi de l’échelle de l’objet – une lampe, une chaise, une table… – à l’échelle de l’architecture avec les « meubles-habitacles », au travers d’un jeu constant d’associations formelles et autres confrontations.

Côte à côte
Confronter des formes entre elles est, on le sait, un divertissement des plus élémentaires et ô combien amusant. Ainsi, en 1999, l’Anglais John Morley, ancien conservateur au Victoria & Albert Museum de Londres, s’en donnait à cœur joie dans un livre intitulé Furniture, The Western Tradition : History, Style, Design (éd. Thames & Hudson). L’auteur comparait en effet avec beaucoup
d’humour deux sièges d’époques et de matériaux différents : un « fauteuil-coque » de style Biedermeier viennois (1820-1830), en placage de noyer, et la chaise Tulip de Eero Saarinen (1956),
en plastique moulé, fibre de verre et aluminium.
« Design contre design », elle, joue sur le même registre. Ainsi, sur l’affiche qui sert à faire la publicité de l’exposition, on peut voir un meuble étrange composé de deux parties : à gauche, une moitié du célèbre Chiffonnier anthropomorphe, en bois précieux, d’André Groult (1925) ; à droite, une moitié de
la commode Pod of Drawers, en métal, de Marc Newson (1987) (voir p. 57).
L’influence du premier meuble sur le deuxième est d’autant plus évidente qu’elle est d’ailleurs assumée par le second designer.

L’humour en prime
Au fil de l’exposition, le visiteur découvrira moult rapprochements formels du même genre, face auxquels il sera tenté de lire, ou pas, des ressemblances. Ces juxtapositions de formes sont plus ou moins hardies. Exemple : une chaise longue en carton conçue par l’architecte Frank Gehry en 1979 côtoie un canapé réalisé par l’ébéniste Joseph Danhauser en 1825.
Mais le visiteur trouvera certainement quelque autre motif de divertissement dans la section qui exhibe les sources principales d’inspirations du design. En tête, on trouve notamment le corps humain, les animaux et la nature. Ce trio est, en effet, à l’origine de la création de pièces détonantes : du sofa en céramique et en forme de bouche de Bertrand Lavier au rêve d’apesanteur de Shiro Kuramata, avec son fauteuil serti de roses Miss Blanche, en passant par les meubles-animaux des Lalanne et le tout récent sofa en forme de vache, imaginé par la designeuse allemande Julia Lohmann.
Bref, fortuites ou attendues, ces juxtapositions formelles n’hésitent pas en tout cas à se confronter à un troisième larron : l’humour.

Autour de l’exposition

Informations pratiques « Design contre Design », jusqu’au 7 janvier 2008, commissariat : Jean-Louis Gaillemin. Galeries nationales du Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, Paris VIIIe. Métro : Franklin-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10”‰h à 20”‰h, le mercredi et le vendredi de 10”‰h à 22”‰h, les 24 et 31 décembre de 10”‰h à 18”‰h. Tarifs : 10 € et 8 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°596 du 1 novembre 2007, avec le titre suivant : Au jeu des ressemblances

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