Au Ghana, le passé rejoint le présent

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 avril 2003 - 543 mots

En Afrique, le milieu et la fin du XXe siècle ont été des périodes de changements rapides et dramatiques. Les indépendances autour de 1960 ont été suivies de soubresauts politiques graves. Nombre de villageois, attirés par la vie urbaine, ont plus ou moins perdu le contact avec les traditions qui avaient constitué les cadres de leur société, au profit de l’islam ou du christianisme. De ce fait tous les artistes produisant les objets relevant des anciens cultes – statues de toutes sortes, amulettes, tissus destinés aux funérailles – ont eu des difficultés à trouver des clients. Les copies, l’art des aéroports, ne pouvaient remplir le vide ressenti. Au Ghana, dans le domaine artistique, il semble que cette dangereuse mutation ait causé moins de ruptures. Cette évolution favorable apparaît dans l’exposition « Ghana hier et aujourd’hui ».
Le Ghana s’est déclaré indépendant le 6 mars 1957, toutefois les Asante (Ashanti), principale ethnie akan, ont conservé leur roi l’asantehene dépourvu de pouvoir mais entouré d’une cour brillante. L’ancien pouvait ainsi cohabiter avec la modernité.
À la cour, de fastueuses cérémonies perpétuent les traditions et sont prétexte à un incroyable étalage de richesse : or massif, sculptures en bois recouvertes de feuilles d’or, précieux tissages de soie jaune, les kente, bijoux. Autour du roi se pressent des serviteurs : les « laveurs d’âme » portent un disque pectoral en or ; d’autres dignitaires se signalent par des épées de prestige ; les porte-parole du souverain brandissent une canne surmontée d’une sculpture dorée. Pour ces cérémonies, l’asantehene est assis à côté de l’objet le plus sacré, le tabouret d’or, resté jusqu’à aujourd’hui le symbole sacré de la nation asante. Fait de bois sombre couvert de plaques d’or, il est lié au souverain. À la mort de celui-ci, on noircit son tabouret qui devient une icône sacrée. Cette abondance d’or remonte à une date ancienne.
Ce métal provenait soit des nombreuses mines du pays, soit du commerce transsaharien attesté dès le XVIe siècle mais qui a probablement existé plus tôt.
Tout Africain veut à sa mort « être enterré au village » et avoir une descendance susceptible de célébrer les rites. Pour les rois akan du sud du Ghana, dès le XVIIe siècle, ont été modelées des statuettes en terre cuite représentant le chef entouré de sa famille et de courtisans pour l’accompagner dans l’au-delà. De nos jours, chez les Ga (une ethnie du sud du Ghana proche des Ewe), ceux qui sont assez riches font sculpter un cercueil rappelant le métier du défunt : en forme de grands poissons pour les poissonniers, de cabosse de cacao, d’aigle, de léopard, de Mercedes... Ces cercueils, comme les enseignes des rues, prouvent la vitalité d’un art populaire toujours actif, terreau favorable au travail d’artistes qui émergent sur la scène internationale tout en conservant les traditions. Owusu-Ankomah, conscient d’appartenir à une nouvelle génération, réalise des œuvres modernes, à l’huile sur toile, mais certains motifs rappellent les tissus funéraires rituels adinkra. Almighty God, quant à lui, trace les apparitions irréelles d’un monde fantastique très africain. Tous vont de l’avant, plongeant de solides racines dans un riche passé qui les nourrit et qu’ils ne renient pas.

PARIS, musée Dapper, 35 rue Paul Valéry, XVIe, tél. 01 45 00 01 50, 7 mars-13 Juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°546 du 1 avril 2003, avec le titre suivant : Au Ghana, le passé rejoint le présent

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