Mercredi 12 décembre 2018

Saint-Germain-la-Blanche-Herbe (14)

Au-delà des mots et des lettres

Institut mémoires de l’édition contemporaine jusqu’au 2 avril 2017

Par Olivier Partos · L'ŒIL

Le 17 janvier 2017 - 322 mots

Les expositions dont l’archive est le propos central sont rares. Pour la première fois, l’Institut mémoires de l’édition contemporaine (Imec) donne carte blanche à une personnalité littéraire afin d’inaugurer la nouvelle nef où a lieu l’événement.

Durant six mois, Jean-Christophe Bailly (1949) s’est plongé dans les fonds de l’Institut. Il en sort avec une centaine de brouillons et carnets qui représentent, non l’aboutissement, mais le commencement, l’élan vital à toute œuvre et pensée. L’intention du parcours est un hommage aux écrits qui ont survécu à l’effacement progressif du manuscrit. Face à l’informatique qui se présente comme une « ardoise » où tout ce qui a été essuyé disparaît à tout jamais, ces pages raturées et feuilles griffonnées exhibent des approches, qui, aujourd’hui, sont en train de disparaître. Toutefois, ces feuillets, intimes et révélateurs, dévoilent des fractions de la vie quotidienne et des caractères inédits de chaque auteur. Par exemple, les relevés sur le Japon de Maurice Pinguet (1929-1991) dépeignent la rigueur de l’anthropologue qui reproduit minutieusement les caractères nippons avec une élégance quasi calligraphique. Côté philosophie, on constate que Louis Althusser (1918-1990) éprouvait le besoin de dessiner en marge d’un paragraphe dense et abstrait, afin de « figurer la vue de l’esprit ». Un méthodisme qui contraste avec celui de son confrère Jacques Derrida (1930-2004). Ce dernier ponctue ses calepins de seulement quelques mots épars. Erik Satie (1866-1925), quant à lui, manifeste sa passion pour « Biqui » (surnom donné à Suzanne Valadon par le compositeur) en portraiturant son visage sur une partition. Le support raconte aussi beaucoup : lors de la Seconde Guerre mondiale, Jacques Audiberti (1899-1965) écrit une partie de son livre Monorail sur des chutes de papier peint afin de contourner la pénurie de feuilles vierges. De ce support recyclé où s’inscrit une évocation autobiographique, c’est une tout autre dimension que celle de l’écrit qui se déploie : le matériel raconte, telle une carte postale, l’ambiance d’un temps passé.

« L’Ineffacé »

Abbaye d’Ardenne, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe (14), www.imec-archives.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°698 du 1 février 2017, avec le titre suivant : Au-delà des mots et des lettres

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