Jeudi 13 décembre 2018

Arts premiers

Entre fascination et clichés !

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 28 août 2007 - 356 mots

Un an après l’ouverture du musée du Quai Branly, l’engouement suscité pour les arts «”¯premiers”¯» se confirme. L’abbaye de Daoulas interroge la notion de «”¯primitifs”¯» avec plus ou moins de bonheur.

«Primitifs ? » Le titre de la nouvelle exposition de l’abbaye de Daoulas est une invitation en forme de point d’interrogation. Comme si ces notions fluctuantes d’arts « sauvages », « lointains », « ethniques », « tribaux », « primitifs », « premiers » étaient encore loin d’avoir fait l’unanimité aux yeux des ethnologues, historiens de l’art, critiques, collectionneurs et marchands…

Trop d’approximations
Confrontant quelque trois cents œuvres, l’exposition conçue par Jean-René Bourrel et Jean-Gérard Bosio (qui fut pendant plusieurs années le conseiller culturel de l’écrivain et président du Sénégal Léopold Sédar Senghor) brosse avec plus ou moins de bonheur une sorte de tableau idéal des langages esthétiques et spirituels propres aux civilisations d’Afrique, d’Océanie et des Amériques, en regard de quelques témoignages nés sur notre sol européen. Si cet exercice ambitieux mais délicat s’autorise de stimulantes confrontations (comme ce bel ensemble de crânes surmodelés du Vanuatu aux côtés d’un crâne de momie égyptienne), la démonstration n’évite pas, hélas, quelques clichés réducteurs.
Ainsi, pourquoi nimber encore dans un halo atemporel des civilisations et des objets que parfois plusieurs siècles séparent ? Nulle date ne figure ainsi aux côtés de cette statue Nok en terre cuite provenant du Nigeria dont on imagine pourtant qu’elle provient d’une fouille archéologique effectuée dans le pays : le cartel ne mentionne que le pedigree du collectionneur, ou tout du moins ses initiales. De même, pourquoi qualifier de « paysans » sans distinction aucune tous ces peuples regroupés sous la bannière commode de « primitifs » ? N’est-ce pas oublier un peu trop vite ces autres civilisations dont le mode de vie s’apparente d’avantage à l’errance et au nomadisme ?
Ne boudons pas cependant notre plaisir. En dépit d’une curieuse muséographie (projection de films sans aucun rapport avec les objets exposés, dernière salle affligeante consacrée aux « œuvres de beauté »), et malgré la grande inégalité des objets (certaines pièces auraient mieux fait de ne pas quitter la quiétude de leur salon !), l’exposition provoque de vrais chocs visuels comme cet uli de Nouvelle-Irlande offert par la fille d’André Breton à la bibliothèque Jacques Doucet. Saisissant… 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°594 du 1 septembre 2007, avec le titre suivant : Arts premiers

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