Mercredi 20 janvier 2021

Art contemporain

Figuration

Arroyo en portraits

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 8 décembre 2015 - 415 mots

TOULON

Toulon livre un aperçu de sa production multiforme depuis les années 1960 à travers le prisme du portrait.

TOULON - Rares sont les conseils départementaux à posséder en propre et administrer un centre d’art comme l’Hôtel des Arts à Toulon. L’histoire du lieu prend un relief singulier dans le contexte actuel. En réaction à l’élection de Jean-Marie Le Chevallier (FN) à la Mairie de Toulon en 1995, Hubert Falco, alors président (UDF) du conseil général du Var, décide de transformer l’Hôtel de la présidence en centre d’art. Depuis 1999, y sont organisées des expositions d’art contemporain. Cet automne, Eduardo Arroyo est à l’honneur. Mais ce n’est pas la production politique de cet exilé du franquisme que son directeur, Ricardo Vazquez, a souhaité montrer. Il s’est ici intéressé à ses portraits. Et des portraits, un genre historique un peu déconsidéré lorsqu’Arroyo se lance dans la carrière, alors que l’époque est à l’abstraction lyrique, l’Espagnol en a réalisé beaucoup et dans toutes les techniques. Car Arroyo peint, dessine, colle, repeint des photographies et au besoin assemble des objets. Mais il est d’abord un dessinateur, plus exactement un caricaturiste, c’est ainsi qu’il gagnait sa vie à Paris au tournant des années 1950 et 1960, en croquant les gens dans les cafés. Mais comme il voulait aussi être journaliste, il a gardé un goût pour raconter des histoires. Ses portraits ne sont ni psychologiques, ni archétypaux, mais des portraits de personnalités choisies : les boxeurs Eugène Criqui et Arthur Cravan, le président Gorbatchev, la chanteuse de flamenco espagnole Carmen Amaya. Les titres de ses œuvres sont aussi soigneusement rédigés.

Nul hasard dans le choix des portraiturés, ils ont tous croisé la vie ou les interrogations d’Arroyo. Ce peut être Marcel Duchamp avec lequel il a des comptes à régler et qu’il pastiche dans Habillé descendant l’escalier (1976), Fernand Léger (2007)… Lui-même s’est auto-portraituré à plusieurs reprises. La littérature tient une grande place dans sa vie. « Je voulais être écrivain », nous avait-il dit en 2010. Et de fait nombreux sont les grands auteurs à avoir été croqués (Lord Byron, Joyce…), gravés (Cervantes, 1997), ou « silhouettés » à l’aide de vieilles photographies (1991).

Arroyo aime les formes nettes, volontiers géométriques, les couleurs neutres desquelles se dégage un ton impersonnel qui caractérise sa production. En sortant, ne pas oublier de se promener dans les quartiers qui rejoignent la rade et bénéficient d’une spectaculaire rénovation. La visite changera votre regard sur une ville qui mérite mieux que sa médiocre réputation.

Eduardo Arroyo, La force du destin

Jusqu’au 10 janvier 2016, Hôtel des Arts, 236, bd Maréchal-Leclerc, 83000 Toulon, tlj sauf lundi, 10h-18h, entrée libre, www.hdatoulon.fr. Catalogue, 15 €.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°447 du 11 décembre 2015, avec le titre suivant : Arroyo en portraits

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