André Derain

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 19 juin 2008

L’airain et la pellicule.

Mais que fait donc André Derain (1880-1954) lorsqu’il pose son pinceau ? À qui s’interrogerait sur ce silence biographique, le musée de la Chartreuse de Douai donne une réponse implicite quoique catégorique : il ne cesse jamais de créer. Soixante-dix sculptures et cinquante photographies à l’appui, l’exposition donne à voir la prodigalité exceptionnelle d’un artiste que Giacometti tenait pour le plus grand du vingtième siècle. Des fours de son jardin à la chambre noire, mise en lumière d’une production protéiforme...
En 1906, Derain découvre au Salon d’automne les œuvres de Gauguin lors d’une rétrospective dont on ne saurait aujourd’hui encore mesurer la déroutante fécondité. Fasciné par le primitivisme inaugural de son aîné, le jeune fauve entraperçoit la férocité d’une ascendance dont il évalue avec science la liberté formelle. Instamment, Derain digère le médium sculptural avec une ferveur prospective doublée d’une culture et d’une curiosité prodigieuses.
Idoles désarticulées égyptisantes (La Danse I et II, vers 1906), visages de femmes synthétiques archaïsants (Femme à la coiffe, 1912-1914), purisme et idéalisation classicisants (Beau masque, non daté), orants expressionnistes (Offrande, après 1938) : en abordant la taille directe comme le pliage, le métal comme la terre, Derain réinvestit les matériaux et les techniques d’une modernité décisive pour une génération d’artistes. N’est-ce pas chez Derain que Picasso, le plus macrophage d’entre tous, remarque en 1906 un masque Fang dont il saisit immédiatement le caractère déterminant ?
Le syncrétisme de Derain explore les longitudes extra-européennes et perfore les conventions. Son génie est à ce prix : avoir un temps d’avance. Comme en photographie. Ainsi cette troublante épreuve où il côtoie, en vertu de son ombre portée, une vache interloquée par cette présence immatérielle. Mais que fait donc André Derain en 1923, alors qu’il délaisse un temps la sculpture ? Il tournait dans La Fille de l’eau pour Jean Renoir...

« Derain, sculpteur et photographe », musée de la Chartreuse, 130, rue des Chartreux, Douai (59), tél. 03 27 71 38 80, jusqu’au 14 septembre 2008.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : André Derain

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