Samedi 17 février 2018

Abstraites, les recherches de Turner, Hugo et Moreau gardent tout de même un pied dans la réalité

Par Anouchka Roggeman · L'ŒIL

Le 2 novembre 2007

Turner, Hugo et Moreau. Les trois artistes ont très tôt découvert les qualités intrinsèques de la ligne et de la couleur. S’il a découlé de leurs expérimentations des « œuvres » abstraites, celles-ci n’ont jamais eu pour ambition d’être exposées aux vues du public, malgré leur valeur esthétique...

William Turner, peintre des « salades de homard »
Grand peintre paysagiste anglais, William Turner montra très tôt dans sa carrière une fascination pour l’abstraction. Dans les années 1830, il s’intéresse de moins en moins à la réalité et se plaît à plonger le motif de sa toile dans un halo brumeux. Dans Mer orageuse avec dauphins (1835-1840) ou Ciel rouge sur la plage (1840-1845), l’artiste épure son sujet de toute anecdote et traduit la réalité à travers une vision lumineuse. Malgré leur titre, ces deux tableaux ne laissent apparaître aucune référence à la réalité.
Bien que très critiquées, ces œuvres abstraites, alors appelées « salades de homard » en référence à la couleur rosée utilisée par le peintre, firent cependant de lui l’un des artistes les plus avant-gardistes de son époque, et l’un des premiers romantiques.

Les expériences à l’encre de Victor Hugo
Écrivain mais aussi dessinateur, Victor Hugo réalisa de très nombreux croquis lors de ses voyages. Un grand nombre d’entre eux illustrent sa curiosité pour les dessins abstraits qui résultent, pour beaucoup, de taches faites au hasard sur une feuille. L’écrivain conservait notamment des feuilles d’une extrême simplicité, sur lesquelles il faisait éclabousser des taches d’encre (Éclaboussure de tache, 1850), ou sur lesquelles il faisait couler l’encre au gré des ondulations de la feuille (­Composition ­abstraite, 1865).
Parfois, Victor Hugo utilisait des techniques plus complexes, des pochoirs, du crayon frotté, des encres de couleurs différentes, pour réaliser des dessins équivoques, à mi-chemin entre l’abstraction et la figuration.
Dans Paysage avec pont, seul le titre oriente la lecture du dessin, qui pourrait n’être qu’une œuvre abstraite. Dans Ruines d’un aqueduc (1850, voir p. 92), l’aqueduc, réalisé au pochoir, est le seul motif du dessin qui se réfère à la réalité.

Gustave Moreau faisait encadrer ses palettes
Fasciné lui aussi par les formes non mimétiques, Gustave Moreau est probablement celui qui, au XIXe siècle, réalisa la plus grande quantité d’œuvres abstraites. Il considérait notamment ses palettes d’aquarelles (des feuilles sur lesquelles il préparait et mélangeait ses couleurs) comme de véritables œuvres d’art, qu’il lui arrivait de signer et d’encadrer. Il conserva ainsi quatre cents palettes sans autre motif que le mariage des couleurs.
Dans Palette d’aquarelle (n.d.), il ne retouche pas ses coups de brosse faits au hasard, mais découpe une partie de la feuille pour recentrer le « motif » principal, une tache rouge multiforme.
Parfois, au contraire, l’artiste retravaille ses palettes, ajoute d’autres touches à celles qui ont été faites par hasard, pour en faire des œuvres figuratives.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°596 du 1 novembre 2007, avec le titre suivant : Abstraites, les recherches de Turner, Hugo et Moreau gardent tout de même un pied dans la réalité

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