Discussions nourries à Rome sur l’éventuelle restitution du plancher du Colisée

Par Séverine Petit · lejournaldesarts.fr

Le 12 novembre 2014 - 523 mots

ROME (ITALIE) [12.11.14] – Un tweet du ministre de la Culture italien a lancé le débat sur la possibilité d’adjoindre un plancher au Colisée, recréant ainsi l’arène romaine dans son intégralité. Les réactions se multiplient et sont dans l’ensemble positives.

Après un message du ministre de la Culture italien, Dario Franceschini, posté sur la plateforme Twitter dimanche 2 novembre 2014, indiquant que l’idée de remettre un plancher au Colisée lui « plaisait beaucoup », le débat sur la possibilité de recréer l’arène romaine est lancé.

C’est un article de l’archéologue Daniel Manacorda publié dans la revue Archéo qui a lancé le débat en se demandant « Pourquoi ne pas revenir à l’arène du Colisée qui accueillait autrefois des jeux et des spectacles ? A bien y voir, l’opération ne ferait que redonner du sens au monument. » En effet, jusqu’au XIXème siècle, les sous-sols du Colisée qui sont aujourd’hui à jour étaient recouverts d’un plancher formant une arène longue de 83 mètres et d’une largeur au plus fort de 48 mètres. Il a été retiré au moment des premières campagnes de fouilles archéologiques pour ne plus être remis ensuite si ce n’est une infime partie permettant aux six millions visiteurs annuels de s’avancer au-delà du sous-sol.

La déclaration du ministre a déclenché une série de réactions qui, dans l’ensemble, accueillent plutôt favorablement cette initiative. Si Daniel Manacorda souhaite avant tout « redonner sa dignité au monument le plus visité d’Italie », Giuliano Volpe, président du Conseil supérieur des biens culturels, se réjouit de savoir que des spectacles pourraient y être joués alors que les visites continueraient dans les sous-sols avec l’obscurité d’origine, celle qu’expérimentaient les gladiateurs avant les combats. Un plancher amovible est jugé comme « une chose faisable et même utile » par Adriano La Regina, ancien responsable des biens archéologiques de la ville de Rome. Pour lui, « le Colisée n'est pas un monument délicat comme il pourrait sembler car il est né justement comme un stade pouvant accueillir des dizaines de milliers de personnes ». Oui, mais il y a près de 2 000 ans.

Reste alors que des questions essentielles doivent être posées. Celle du budget, d’abord, et de la faisabilité d’une telle opération qui engendrerait des dépenses importantes, la mise en place d’un chantier certainement lourd ainsi que des fermetures du site. Si cette opération est opportune sur le plan de la communication, le sera-t-elle également sur le plan économique alors que le gouvernement italien a publié un décret, en avril, « Salva Roma » (Sauver Rome) autorisant la municipalité à créer de nouvelles taxes ? De même, il semble nécessaire de s’interroger sur des problématiques d’ordre patrimoniales essentielles. Quel sera le modèle de restitution de ce plancher ? Quels en seront les conséquences en termes de conservation préventive ? Et surtout, dans quelle mesure est-ce une valorisation souhaitable du patrimoine ? L’historien Tomaso Montanari rappelle d’ailleurs dans un article de La Reppublica que Le Bernin refusa la proposition faite par le pape Innocent XI de construire une église au milieu de l’arène considérant que le Colisée est le monument qui représente « l’idée même de l’architecture ».

Légende photo

Le Colisée, Rome, Italie - © Photo Jean-Christophe Benoist - Licence CC BY-SA 3.0 

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