Dimanche 15 décembre 2019

Centre d'art

Liège (Belgique)

Vingt ans de contre-culture liégeoise

Musée de la vie wallonne - Jusqu’au 16 août 2018

Par Pauline Vidal · L'ŒIL

Le 26 mars 2018 - 444 mots

Alors que l’exposition sur la contre-culture en France vient de s’achever à la Maison rouge, c’est au tour de la ville de Liège de faire le point sur des années de contre-culture intenses et déjantées autour du collectif liégeois Le Cirque divers.

Et les parallèles sont nombreux… Témoins de la fin des utopies des années 1970, bercés par Mai 1968, lecteurs de Guy Debord, tous ont en commun une inquiétude et une volonté de résistance à l’approche des années 1980 déjà pressenties comme les années de l’hyper-individualisme, du fric, du stress… Fondé en 1977 à l’initiative de Michel Antaki, le Cirque divers établit ses quartiers place Roture, dans un ancien mûrissoir à bananes. Actif jusqu’en 1999, cette association de joyeux lurons qui vit passer de nombreuses personnalités du monde du théâtre, de la littérature comme des arts plastiques, fit de la théâtralisation du quotidien son fer de lance, à travers des lectures, des actions dans la rue, des performances participatives dans le droit-fil d’une attitude post-dada et post-fluxus. Le tout dans un esprit belge, « imprégné de pataphysique, frondeur et avec un relent de surréalisme », déclare le critique et historien de l’art Jean-Michel Botquin, qui a eu le courage et la merveilleuse idée de s’atteler aux collections et aux archives du collectif (acquises entre temps par la province de Liège) et de concevoir une passionnante exposition qui permet de redécouvrir un pan de la création artistique quasi inconnu. « Je voulais faire une exposition sur l’esprit du temps au-delà de la présentation d’un lieu de culture alternative », confie le commissaire. Et c’est en cela que cette exposition est une parfaite réussite. Ayant fait le choix de se concentrer sur la première décennie, de 1977 à 1986 – les années suivantes, davantage tournées vers l’institutionnel, étant jugées moins intéressantes –, Botquin a réuni autour d’un espace central conçu comme un ring quelques objets et de nombreux documents d’archives. L’ensemble se structure autour de différents fils conducteurs (le féminisme, la performance, le situationnisme…) et des figures fondatrices du mouvement comme Jacques Charlier, Jacques Lizène, la comédienne Brigitte Kaquet, ou encore Roland Topor et Robert Filliou. Toute la bande de Fluxus est passée par là, donnant notamment lieu à un extraordinaire concert Fluxus qui marqua les esprits. On découvre aussi une performance d’Orlan à travers des photographies totalement inédites. Les liens avec l’émission de la RTBF Vidéographies (dont les archives viennent d’être achetées par la BnF) furent déterminants. Des artistes invités comme Marina Abramovic, Fred Forest, Frank Vostell se mêlèrent ainsi au Cirque divers… Revivifiant.
 

« Le jardin du paradoxe - Regards sur le Cirque divers à Liège »,
Musée de la vie wallonne, cour des Mineurs, Liège (Belgique), www.viewallonne.be

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°711 du 1 avril 2018, avec le titre suivant : Vingt ans de contre-culture liégeoise

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