Mardi 18 décembre 2018

D’une salle à l’autre

Utopies et vanités

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 16 avril 2004 - 643 mots

Avec « Settlements », le Musée d’art moderne de Saint-Étienne regroupe de jeunes artistes autour de l’idée d’une ville organique. Parallèlement, l’institution consacre une exposition à Gloria Friedmann.

 SAINT-ÉTIENNE - Sous-titrée « À la recherche de lieux possibles », l’exposition « Settlements » du Musée d’art moderne de Saint- Étienne n’utilise pas la langue anglaise par coquetterie mais pour circonscrire une zone aux significations larges et aux connotations croisées : settlement se traduit par colonie, colonisation ou hameau. Mais le terme exprime aussi un accord, tout comme il évoque, par sa racine, la possibilité d’une installation plus ou moins pérenne. Sur le parvis du musée, le Kiosque (2003) en fer forgé de Pascal Pinaud représente un parfait exemple de ces glissements de sens. Il est à la fois un lieu et une cage, une somme de motifs et une sculpture, une structure décorative mais potentiellement fonctionnelle. Lors de sa première exposition à Valence, en Espagne, il faisait office de bar à tapas ; ici, c’est un enclos. En majorité peu familiers des cimaises françaises, la vingtaine d’artistes présents (parmi lesquels Polly Apfelbaum, Daniel Chust Peter, Victoria Civera, Danica Dakic, Michael Kienzer, Kim Soo-Ja, Philip Kwame Apagya, Fabrice Langlade, Felice Levini, Christiane Löhr, Eva Marisaldi, Sabrina Mezzaqui, Julian Opie, Annie Ratti, Javier Téllez, Barthélémy Toguo, Vedovamazzei, Richard Wentworth et Italo Zuffi) sont regroupés sous un horizon commun. « Les énoncés artistiques, tous différemment articulés, se retrouvent côte à côte, comme les maisons, cabanes, dépôts, jardins, terrains, places et rues d’une ville se développant organiquement ou d’un village organisé selon les besoins », explique en introduction du catalogue Lóránd Hegyi, directeur du musée et commissaire de l’exposition. Les œuvres (ou settlements) peuvent évoquer aussi bien des habitats – comme la cabane en papier compacté de Luigi De Simone (Sans titre, 2003) – qu’une tentative de planification urbaine, telles les peintures murales de Marjetica Potrc (Selection from mouvement and personal modernism, 15 drawings, 2003). Ce sont aussi des lieux de culte, ainsi la chapelle mortuaire œcuménique et kitsch de Barthélémy Toguo (Life’s Trial, 2004). Sur son sol de coton reposent un lion chinois et son cercueil orné d’une croix, d’une étoile juive, d’un croissant et d’un swastika. Mais, dans la plupart des cas, l’idée même de construction et d’établissement se double de celle de nomadisme. Lois et Franziska Weinberger proposent un Jardin portable (1994-2000), contenu dans des sacs, et les pelleteuses gothiques de Wim Delvoye (Caterpillar, Scale Model #5 et #6, 2002) synthétisent des mouvements ambivalents d’élévation et de destruction.
Parallèlement à « Settlements », le Musée d’art moderne accueille une importante exposition monographique de Gloria Friedmann. L’artiste, née en 1950, a construit un vaste parcours émotionnel cyclothymique, tour à tour enlevé, désespéré, nourri d’espoir ou fataliste. Les Wunderkinder (2003) composent ainsi une danse des morts un brin kitsch, cinq squelettes d’humains étant plaqués sur autant de plages de couleurs acidulées.

Vanités modernes
Utilisant le volume, la photographie et des objets divers, les assemblages de Friedmann se font ici grinçants et revendicatifs,  apparaissant tels des vanités adaptées au monde moderne. L’État c’est moi (2003) recadre des clichés d’hommes politiques se serrant la main devant un sapin ; quant au tapis d’Où est la sortie (2003), orné d’une photographie de rangées d’employés de bureau que l’on devine spéculant en Bourse, il cache un tas d’ossements. Plus loin, un cerf empaillé brame au-dessus d’un monticule de journaux (No man’s land, 1995/2003). Dernière œuvre, le Locataire (2003) représente un homme en terre assis sur une boule en terre, un golem qui, comme tout le monde, ne fait que passer.

SETTLEMENTS ; GLORIA FRIEDMANN, HAPPY END ; et aussi CABINET DES DESSINS N° 1, jusqu’au 2 mai, Musée d’art moderne de Saint-Étienne Métropole, La Terrasse, 42000 Saint-Étienne, tél. 04 77 79 52 52, tlj sauf mardi, 10h-18h. Catalogue Settlements, 104 p., 20 euros ; catalogue Gloria Friedmann, 72 p., 19 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°191 du 16 avril 2004, avec le titre suivant : Utopies et vanités

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