Samedi 21 septembre 2019

American Center

Une première française pour Frank Gehry

Une architecture doucement chahutée

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1994 - 655 mots

Après sept ans de vie quasi clandestine, l’American Center rouvre au grand jour le 7 juin à Bercy. Frank Gehry signe son premier bâtiment en France.

PARIS - Logé dans un bâtiment plus petit mais beaucoup plus efficace, l’American Center commence une nouvelle vie. La culture américaine va fleurir sur le site des pinardiers, 51 rue de Bercy dans le XIIe arrondissement de Paris, après avoir eu le boulevard Raspail comme quartier général.

Ce difficile transfert rive droite (lire les JdA n°1 et n°2) s’est réalisé à la suite de la vente en 1987 du terrain du 261 boulevard Raspail, nouveau siège de Cartier France. Les 220 millions obtenus dans la transaction ont été investis dans la construction du nouveau centre de l’est parisien, dont le coût de réalisation s’élève à 238 millions (40 millions de dollars) tout équipé. "C’était très difficile, le budget était très serré" regrette Frank O. Gehry, l’architecte choisi après une consultation menée en 1988 auprès de dix grands noms de l’architecture américaine. Gehry signe là sa première œuvre en France, mais la seconde en Europe, après le Vitra Design Museum. Le Californien a remporté les plus grands prix d’architecture, le "Pritzker Prize" quelques années avant Christian Portzamparc, tout comme le "Premium Imperiale" qui récompense chaque année au Japon une brochette d’artistes dont un architecte. Autant dire qu’à 65 ans, Gehry est un architecte reconnu dont le travail original ne manque jamais de défrayer la chronique.

À quelques encablures du Palais omnisports, le centre culturel américain vient se couler dans la trame urbaine définie par l’atelier parisien d’urbanisme (APUR) dans le parc de Bercy. Les cadres rigides sont une provocation pour Gehry, qui aime bien afficher son architecture. Dans cette Zac orchestrée par Jean Pierre Buffi, il a dû se retenir, et contenir son bâtiment dans un plan très strict. On ne badine pas avec l’urbanisme parisien. Bloc par bloc, Paris répète inlassablement et sans invention aucune son schéma haussmannien, à Bercy comme dans la gigantesque opération Seine rive gauche, qui se développe juste en face, autour de la Bibliothèque Nationale de France.

Il en résulte un drôle de bâtiment, hybride, tenant plus du collage de formes que d’une réelle interpénétration de volumes, comme au musée Vitra ou au futur Guggenheim de Bilbao par exemple. Paris n’hérite pas du meilleur "Gehry". L’American Center se fait remarquer par son architecture doucement chahutée. "C’est mon interprétation du contexte français" dit l’architecte, qui nie avoir été bridé. Sculptural, le centre est conçu comme une ville en miniature sur sept niveaux visibles et trois enterrés.

Multitude de recoins
On entre dans le centre sous une "jupette de zinc", taillée dans un pan coupé du bâtiment. L’ensemble se compose de deux parties, l’une destinée aux activités culturelles du centre (expositions, représentations, ateliers, classes, conférences, projection de films et de vidéos... ), l’autre réservée à l’hébergement avec vingt-sept appartements. Les deux communiquent par un atrium, véritable cœur du projet. En fait, le bâtiment de Gehry prend tout son sens à l’intérieur. L’espace central étonnant, tout en volume, met en scène une grande mezzanine. Ce lieu stratégique distribue tout le bâtiment, le restaurant californien du rez-de-chaussée, comme la salle de spectacles de 400 places très colorée, ou bien encore, le bar aménagé (avec des chaises signées Gehry) dans un espace très haut sous plafond, avec vue sur le parc et sur la bibliothèque de Dominique Perrault. L’American Center dispose également d’un bel espace de 600 m2 pour exposer l’art contemporain, situé au premier étage, ainsi que d’une multitude de recoins et de petites terrasses extérieures, autant d’espaces offerts au public et susceptibles d’accueillir des œuvres d’art.

Ce bâtiment a surtout trois façades, bien typées. La quatrième, orientée à l’est, est en revanche très sobre. Elle permet un dialogue facile avec le bâtiment voisin de Franck Hammoutène. Ces façades sont en pierre de Saint-Maximin, avec des touches de zinc et d’acier galvanisé, l’un des matériaux "cheap" que Gehry affectionne particulièrement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Une première française pour Frank Gehry

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