Art contemporain - Prix

PRIX D’ART CONTEMPORAIN

Un Turner Prize plus politique qu’esthétique

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 18 mai 2021 - 521 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

Avec la sélection de cinq collectifs de créateurs engagés, l’édition 2021 du prix britannique privilégie la dimension activiste de l’art.

Array Collective, International Women’s Day, 2019. © Photo Alessia Cargnell
Array Collective, International Women’s Day, 2019.
© Photo Alessia Cargnell

Londres. Décidément, le Turner Prize est en prise avec son époque. Au risque de perdre son identité ? En 2019, la récompense britannique avait été attribuée aux quatre nommés, Lawrence Abu Hamdan, Helen Cammock, Oscar Murillo, Tai Shani, ces derniers ayant exprimé le souhait de la partager de façon collégiale. Cette fois-ci – le prix 2020 ayant été remplacé par des bourses de soutien –, ce sont cinq collectifs socialement actifs qui ont été sélectionnés : Cooking Sections ; Array Collective ; Black Obsidian Sound System (B.O.S.S.) ; Gentle/Radical et Project Art Works. Si en 2015 le prix avait déjà distingué un collectif, Assemble, c’est la première fois qu’aucun des finalistes n’est un créateur individuel. Peu d’artistes ont été en mesure d’exposer publiquement l’an dernier, ce qui a incité les jurés à favoriser les démarches collaboratives, qui ont pu se poursuivre malgré le confinement des musées et galeries, et qui se sont révélées pertinentes pendant la pandémie, a expliqué Alex Farquharson, directeur de la Tate Britain et membre du jury.

Basé à Belfast (Irlande du Nord), Array Collective est un groupe d’artistes activistes qui organise des expositions, performances, colloques ou manifestations de rue afin de défendre les minorités, le droit à l’avortement et à une couverture sociale… Son slogan : « Artists make change ». Black Obsidian Sound System (B.O.S.S.) mène depuis Londres des actions, souvent festives, mêlant art, musique et engagement en faveur des communautés noires, queer, trans et non-binaires. Cooking Sections, formé en 2013 par Daniel Fernández Pascual et Alon Schwabe et basé à Londres, observe le monde à travers le prisme de la question de l’alimentation. Le duo bénéficie actuellement d’une exposition à la Tate Britain sur les conditions de production du saumon d’élevage – qui a conduit la Tate à retirer de sa carte de restauration les plats concernés. Gentle/Radical, fondé en 2016 à Cardiff (pays de Galles), recrée du lien à l’échelle locale grâce à des projections de films, des performances, des débats. Leur dernière initiative : « Doorstep Revolution », une révolution de palier pour briser l’isolement en période de confinement. Enfin Project Art Works, dans le Sussex, rassemble des artistes et créateurs militant pour la reconnaissance de la neurodiversité [les différences neurologiques dans le genre humain, ndlr].

Le Turner favorise-t-il la dimension politique au détriment des enjeux esthétiques ? C’est ce que lui reprochent certains critiques. « Or, la scène britannique est politisée : dès 1966, l’Artist Placement Group créé par Barbara Steveni et John Latham visait à placer des artistes dans les instances gouvernementales, les industries », souligne Vincent Honoré, ancien curateur à la Hayward Gallery de Londres ainsi qu’à la Tate Modern, et actuel directeur des expositions du Mo.Co, à Montpellier. « La décision du Turner de nommer des collectifs engagés peut apparaître opportuniste et discriminatoire ; elle correspond pourtant à son histoire, qui épouse les tendances conceptuelles de son temps, et à une volonté institutionnelle de reconnaître des formes exclues du marché. » Le prix sera décerné le 1er décembre à Coventry, Capitale britannique de la culture en 2021.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°567 du 14 mai 2021, avec le titre suivant : Un Turner Prize plus politique qu’esthétique

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