Mercredi 25 novembre 2020

Danse & Théâtre

Un théâtre qui joue la comédie

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 27 octobre 2020 - 437 mots

Clermont-ferrand -  Fondée en 1997, la Comédie de Clermont-Ferrand ne bénéficiait curieusement depuis lors d’aucun lieu propre.

L’écrin que livre Eduardo Souto de Moura vient (enfin) combler ce manque. L’architecte portugais l’installe sur la parcelle de l’ancienne gare routière, dont il a conservé les éléments remarquables, inscrits à l’inventaire des Monuments historiques. Boulevard François-Mitterrand, devant cet édifice au classicisme structurel érigé en 1964 par le Clermontois Valentin Vigneron, notablement influencé par Auguste Perret dont il fut l’élève, rien ou presque ne laisse augurer une œuvre contemporaine. N’était-ce, à l’arrière, la cime d’un élégant tambour en béton que l’on devine à peine depuis le trottoir d’en face. « Ce patrimoine ne m’intéresse pas s’il n’est qu’un bijou classé isolé, il doit être un cadeau accessible pour la ville et ses habitants, tranche Eduardo Souto de Moura. Installer un théâtre dans une ancienne gare bouscule notamment cette célèbre maxime moderniste : “la forme suit la fonction”. Au contraire, une gare routière peut devenir théâtre, en voici la preuve. Je réalise la fusion entre architecture historique et architecture contemporaine. » Géométriques et simples, les nouveaux volumes se conjuguent de façon discrète avec l’existant. En témoigne cette manière subtile de « décoller » le toit d’origine pour faire davantage pénétrer la lumière naturelle. Surface totale : 9 298 m2. Coût de l’opération : 38 millions d’euros HT. Derrière l’ex-salle des pas perdus, désormais, monumental hall d’entrée, l’architecte a réussi un exploit : insérer côte à côte les deux espaces majeurs du programme. La Salle des possibles (336 spectateurs assis/1 000 debout) s’offre même un pan de lumière naturelle, grâce à une paroi vitrée ouvrant directement sur la rue piétonne adjacente (« On peut ainsi voir ce qui se passe à l’intérieur de cette “machine” », dixit Souto de Moura). La salle principale, dite Salle de l’horizon, affiche, elle, 878 places au compteur et un plateau de 600 m2. Un balcon technique non accessible arbore une forme sophistiquée qui renvoie le son au centre du volume, sans absorption ni focalisation.Au rez-de-chaussée, on trouve, entre autres, un vaste atelier, divers locaux techniques et, côté boulevard, un café-restaurant. À l’étage se déploient loges, salles de médiation, bureaux, studio de répétition, foyer et bibliothèque, sans oublier une cantine ouvrant sur une agréable terrasse. À la facture « ancienne » de la façade avant le dispute, à l’arrière, une façade actuelle au rigoureux quadrillage de béton brut. « La polémique qui existe toujours chez les puristes entre un Auguste Perret qui serait moins moderne qu’un Le Corbusier m’amuse beaucoup. Moi, j’aime les deux. Dans ce projet, j’avais une façade avant façon Perret, j’ai donc construit une façade arrière façon Le Corbusier », sourit l’architecte. Quel comédien !

À savoir
« C’est la première fois que je conçois un théâtre, c’est une typologie très complexe, un monde nouveau, estime l’architecte portugais Eduardo Souto de Moura, 68 ans, Prix Pritzker 2011. Je suis de la génération du cinéma. Le théâtre, c’est la réalité du monde avec un cadre, en l’occurrence : une hauteur, une longueur et une profondeur. Comme l’architecture ! » Auteur d’une soixantaine de projets à travers le monde, il a remporté ce concours international, en 2015, associé à l’agence clermontoise Antoine Bruhat & François Bouchaudy.
À voir
La Comédie/Scène nationale, 69, boulevard François-Mitterrand, Clermont-Ferrand (63), lacomediedeclermont.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°738 du 1 novembre 2020, avec le titre suivant : Un théâtre qui joue la comédie

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