Collection

Un survol du design

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 19 novembre 2004 - 885 mots

Le Palais de la porte Dorée, à Paris, propose un catalogue en trois dimensions
de la collection de meubles et d’objets contemporains appartenant à l’État.

 PARIS - Nous n’allons tout de même pas bouder notre plaisir. Contempler 2 000 objets de la collection « design » du Fonds national d’art contemporain (FNAC), dont moult pièces historiquement emblématiques, relève assurément de l’exceptionnel. C’est en effet la première fois qu’est montrée en France une part aussi importante d’objets issus de cette section dite « Arts décoratifs, création industrielle et métiers d’art ». Créée en 1981, celle-ci compte aujourd’hui plus de 5 000 pièces datant, pour l’essentiel, de 1975 à nos jours. L’exposition s’intitule « Design en stock ». Sa commissaire, Christine Colin, inspectrice de la création artistique à la délégation aux Arts plastiques, a pris le parti d’exposer les objets en grand nombre « puisque c’est l’une des caractéristiques de la production contemporaine », au risque parfois de friser l’overdose, en parodiant la surconsommation de la société actuelle. On sait, en outre, la fascination inhérente à la quantité et à la répétition.
La scénographie, due au designer allemand Konstantin Grcic, évoque celle d’un champ de fouilles archéologiques. On déambule en effet à un mètre du sol, sur des passerelles métalliques qui surplombent les pièces. Le grillage à large maille des garde-corps n’empêche pas une présence par moments trop pesante, mais, dans l’ensemble, Grcic s’en tire plutôt bien. Selon le designer, le visiteur fait face à un « catalogue en trois dimensions d’une collection de meubles et d’objets ». Une véritable encyclopédie dans laquelle tout est rigoureusement répertorié. Les 2 000 objets sont identifiés et classés en 13 « zones », suivant des fiches signalétiques dignes de l’après-vache folle. Ainsi peut-on suivre la traçabilité de chaque objet : lieu de fabrication, designer, nationalité, datation, type, matériaux et techniques, dimensions, éditeur, stade de production, tirages, couleur, nombre d’éléments…

Achat à l’artiste
Dissipons d’abord tout malentendu : plutôt que « Design en stock », l’exposition aurait dû s’appeler « Mobilier en stock », car hormis quelques téléviseurs (Thomson), Cocotte-Minute (Seb), montres (Lip) ou éléments de cuisine (Bulthaup), le design « industriel » est absent. « On ne va pas mettre des Picasso à côté des casseroles, sourit Raymond Guidot, historien du design et ancien membre de la commission d’achat du FNAC. Un aspirateur a évidemment beaucoup moins de chance d’être acquis qu’un meuble d’Eileen Gray, à mon grand regret. Mais c’est un peu le paradoxe qui sourd toujours, en France, avec le mot “design”, que met-on sous ce vocable ? » Le paradoxe est d’ailleurs amplement entretenu par le catalogue de l’exposition qui, s’il précise que le mot design est bien entré dans le langage en 1969, préfère mentionner, pour une pièce, « achat à l’artiste » plutôt qu’« achat au designer »...
La volonté de classification à l’extrême a, sans doute, entraîné quelque excès. Pourquoi un stand « Gonflables » illustré par un canapé solitaire, le Chesterfield de Quasar, lequel pouvant amplement figurer sur le stand « Les années 1960 », au côté du fauteuil Blow du trio De Pas/D’Urbino/Lomazzi ? Idem avec ces sept services à thé ou à café qui forment à eux seuls la rubrique « Nationalités », alors que, tous conçus en argent massif, ils auraient pu aisément filer sous l’intitulé « Matériaux et techniques ». Quoi qu’il en soit, l’exposition permet d’opérer quelques rapprochements instructifs. On peut ainsi confronter la silhouette évidée du fauteuil San Luca d’Achille et Pier Giacomo Castiglioni (1960) avec celle du Richard III de Philippe Starck (1984), même si ce dernier s’est toujours bien tenu de revendiquer une telle filiation. Ces jeux de similitudes, ajoutés à ceux de découverte d’un objet familier, raviront à coup sûr le visiteur.
Ce dernier pourra néanmoins exprimer un regret, celui d’être uniquement mis devant le fait accompli, en l’occurrence : regarder une collection classée et organisée. Il n’aura, en revanche, aucun éclairage sur la constitution même de cette collection : les critères de sélection des objets, les diverses façons de les acquérir, ou encore, les choix de constituer une monographie sur tel ou tel designer. Le grand Ettore Sottsass, dont les pièces présentées sont pourtant légion, est ainsi, étonnamment, passé à la trappe des « ensembles monographiques ».
Cette mise à plat – au propre comme au figuré – de la collection du FNAC manque enfin quelque peu de séduction, le dispositif aérien imposant, de fait, un regard distant sur les objets. En janvier dernier, au Salon du meuble de Paris, dans l’exposition « Sièges de collection » qui préfigurait l’actuelle présentation, 189 pièces étaient juchées sur des étagères, certaines à 10 m de hauteur. On découvrait alors les meubles du dessous. Cette fois, le visiteur devra, à l’inverse, se contenter d’une vue du dessus. À quand le design les yeux dans les yeux ?

- Culture design : Design en stock et 40 ans de création, une centaine de pièces réalisées par l’Atelier de recherche et de création du Mobilier national, jusqu’au 16 janvier 2005, Palais de la porte Dorée, 293, av. Daumesnil, 75012 Paris. tél. 01 44 74 84 80. tlj sauf mardi 10h-17h. - À lire : Design & Cie : stocker, inventorier, classer, éd. Industries françaises de l’ameublement, 26 euros ; Mobilier national, 1966-2004. 40 ans de création, éd. RMN, 30 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°203 du 19 novembre 2004, avec le titre suivant : Un survol du design

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