Monographie

Un Bayrle trop plein à Villeurbanne

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 8 avril 2014 - 483 mots

À l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, Thomas Bayrle se perd
dans une iconographie inventive mais devenant indigeste au fil du parcours.

VILLEURBANNE - Né en 1937 à Berlin, Thomas Bayrle a le profil type de l’artiste qui, nourri au biberon des théories marxistes et anticléricales popularisées après guerre, s’est, non sans une certaine forme d’avidité autant critique qu’ironique, saisi des images et symboles d’une société de consommation assimilant à grande vitesse de nouveaux codes et usages.

Partant de ces ingrédients, c’est à un vrai travail de fabricateur d’images que Bayrle se livre dès le milieu des années 1960. Fabricateur car l’une de ses grandes affaires a toujours été de réfléchir à la conception d’images intégrant les symboles de la société capitaliste, et cela à l’aide de nouveaux outils. Ainsi en 1988 il développe un logiciel de distorsion d’images inspiré des jeux vidéo Atari, qui lui permet de modifier des portraits à partir d’un savant découpage de formes géométriques mises en volume. La – très – dense exposition (regroupant près de deux cents œuvres) que lui consacre l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne témoigne d’une inventivité qui voit l’artiste faire feu de tout bois, ou presque.

En véritable entreprise de recyclage, il s’empare des principaux signes représentatifs de cette culture de masse qu’il s’emploie à démultiplier afin de leur conférer un impact maximal. Tout y passe ou presque : depuis le chameau des cigarettes Camel jusqu’au téléphone, en passant par la Coccinelle de Volkswagen, l’imagerie religieuse, le porno ou les figures de grands industriels qui se retrouvent inscrits sur des formulaires bancaires…

Autoroute et Christ en croix
Récurrente est aussi l’image de l’autoroute, symbole d’un développement économique et social ; ses tracés se trouvent combinés à d’autres représentations, notamment un Christ en croix, pris ici dans un enchevêtrement complexe.

Quoique dynamique, la saturation, conséquence de la répétition du motif ainsi imposée, n’échappe pas à son écueil : elle finit par faire bâiller en donnant le sentiment d’une œuvre prisonnière de ses limites tant visuelles que conceptuelles, sans que l’expérimentation et la recherche ne parviennent à relancer le discours.

Plus gênant, des moteurs ouverts et animés au son de prières, comparés à des cathédrales, apparaissent un rien simplistes. L’explication de l'artiste, selon laquelle « il n’y a pas de différence entre travailler chez Mercedes ou Opel et aller à l’église », manière de souligner que la religion est présente partout au même titre que l’industrie, a en outre de quoi faire tiquer ; la nécessité d’un emploi laborieux, pas toujours choisi, peut difficilement être comparée à un engagement spirituel, qui relève de la liberté de pensée. Cet amalgame, dans des œuvres datées de 2012, semble montrer là les limites d’une réflexion se prenant les pieds dans le tapis d’une idéologie datée.

THOMAS BAYRLE. ALL-IN-ONE

Jusqu’au 11 mai

Institut d’art contemporain, 11, rue du Docteur-Dolard, 69100 Villeurbanne, tél. 04 78 03 47 00 - tlj sauf lundi-mardi 13h-19h.
www.i-ac.eu

Légende photo

Thomas Bayrle, Glücksklee-Dose, 1969-1996, Potatoe counters, 1968-2014 , Tassenfrau (Milchkaffee), 1967, vue de l'exposition à l'Institut d'art contemporain, Villeurbanne.”¨ © Photo : Blaise Adilon.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°411 du 11 avril 2014, avec le titre suivant : Un Bayrle trop plein à Villeurbanne

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