Mercredi 11 décembre 2019

Saint-Fons

Un art des contraires

Par Françoise Chaloin · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 2012 - 500 mots

Sarah Tritz développe dans l’espace ses compositions hétéroclites au Centre d’arts plastiques de Saint-Fons.

SAINT-FONS - Ce pourrait être un reproche. L’exposition « Les soleils froissés » de Sarah Tritz au Centre d’arts plastiques de la ville de Saint-Fons (Rhône) pourrait être qualifiée de très « plastique », avec ce que la remarque sous-entend concernant un travail respectable, porté sur des problématiques de composition, de lignes, de couleurs et d’espace mais au fond, inoffensif, dépourvu d’enjeux intellectuels. Les œuvres de l’artiste, issue en 2004 de l’École nationale des beaux-arts de Lyon, résistent à cette vision simpliste par les moyens mêmes qui pourraient précisément les y réduire.

Car ces pièces tant sculpturales que picturales sont à la fois faites de bric et de broc et savamment agencées, tout en restant susceptibles d’être configurées autrement. Elles associent dans des assemblages subtils mais non précieux des éléments foncièrement hétérogènes : une sculpture en bronze et une ficelle verte ; une botte de lutin en céramique, un embauchoir plastique à ressort, des chaînes dorées et des formes peintes… ; éléments que l’artiste laisse en même temps exister pour eux-mêmes.

Elles mêlent dextérité manuelle et mauvais goût, elles allient le « fait main », marque de la subjectivité, à l’objet trouvé un peu désuet voire repoussant. Elles rendent hommage à Picabia, Rodtchenko ou Chirico dans une grande liberté formelle mais sans esprit d’ironie ni de dérision. Elles usent du panneau de contreplaqué ou de la tige en métal comme d’une cimaise ou d’un support aussi bien qu’en tant que constituant de l’œuvre. Elles osent encore jouer de la technique du papier découpé, collé, déchiré ; s’essaient parallèlement à la figure modelée expressionniste et mélancolique, délicatement posée sur un sous-pot retourné (La Pleureuse, 2006-2011). Elles érigent de petits monuments en souvenir – de couleurs et de matières – observés dans le métro : des postiches y fraient avec des objets semi-précieux sur fond de composition « suprématiste », un ensemble à voir ici encore dans sa matérialité première, même s’il n’est pas interdit d’en tirer une histoire. Elles sont issues d’une pratique d’atelier tout en étant rejouées in situ.

Légères, ces œuvres flirtent avec le lyrisme, et, dans Nuage rouge (2011), font « un tableau d’ombres portées » (Marcel Duchamp) à partir des fils et des tiges qui en relient les éléments, sans que l’on sache lesquels maintiennent les autres en tension – ou en équilibre, au choix. Elles construisent en espace dans le même temps qu’elles s’emploient à le défaire, y ménagent de courtes pauses méditatives devant de petits reliefs de plâtre peint. Elles réussissent enfin ce tour de force et de malice de concilier des contraires en préservant la rugosité de leur rencontre.

SARAH TRITZ, LES SOLEILS FROISSÉS (avec la participation de Maxime Thieffine)

Nombre d’œuvres : 20 (dont 3 avec Maxime Thieffine) ; 6 pièces produites

Jusqu’au 28 janvier, Centre d’arts plastiques, centre Léon-Blum, place du Pentacle, 69195 Saint-Fons, tél. 04 72 09 20 27, www.saint-fons.fr, du mardi au samedi 14h-18h (sauf jours fériés).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°360 du 6 janvier 2012, avec le titre suivant : Un art des contraires

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