Mardi 25 septembre 2018

Société

Travail artistique

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007 - 506 mots

Le MAC/VAL clôt un cycle d’expositions basé sur les relations entre l’art et l’économie, en s’intéressant en finesse à la question du travail.

 VITRY-SUR-SEINE - « La RTT vous va si bien ! » Cette déclaration tombe étrangement, quelques jours après l’intronisation du nouveau président de la République qui a fait notamment campagne autour de l’idée de l’importance du travail. Elle est le fait de Serge Lhermitte qui, assez finement, a photographié en 2001 des salariés lambda pendant leurs périodes de RTT, avant de créer avec ces images des papiers peints standardisés, de ceux qu’on trouve dans les magasins de bricolage. Des papiers peints qui par la suite furent posés sur le lieu de travail des protagonistes, et photographiés dans ce contexte. C’est au MAC/VAL, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), qu’il faut se rendre pour voir cette œuvre et d’autres qui interrogent les relations entre l’art et le travail. Troisième et dernier volet du cycle « Zones de Productivités Concertées », plus largement consacré aux liens unissant l’art et les problématiques économiques, et dont les deux précédents ont abordé la valeur et la production, « Entreprises singulières » questionne différentes approches de l’activité professionnelle. L’enquête est pertinente car elle tient d’un enjeu social et idéologique majeur, qui a à ce titre été souvent traité par les artistes, sous des angles divers.
Si, avec les maquettes de son Bureau d’Activités Implicites (2003), Tatiana Trouvé entend formaliser le travail de l’artiste – son temps, sa possibilité, sa faisabilité… –, Jérôme Saint-Loubert Bié s’intéresse à la production de l’exposition et se réapproprie celui des autres, en accrochant aux cimaises des prises de vue effectuées par le photographe Marc Domage lors des deux expositions précédentes (Sans titre, 2007).
D’autres pointent le fait que la production par le travail résulte de la transformation. Ainsi, Francis Baudevin, qui débarrasse des logos d’enseignes connues de leurs attributs textuels afin de révéler l’ancrage des codes modernistes et du langage pictural abstrait dans le monde contemporain. La démonstration est particulièrement efficace avec un grand triangle mural vert issu du logo de Leroy-Merlin (Merlin-Leroy, 2007), et la photographie d’un paquet de cigarettes asiatique copiant un tableau de Mondrian (Story of Two, 2007). Simon Starling, quant à lui, nous entraîne, avec un beau diaporama, dans l’aventure d’un voyage en barque que l’artiste doit détruire au cours de la traversée pour fournir du combustible au bateau à vapeur qu’il confectionne avec cette même embarcation (Autoxylopyrocycloboros, 2006). Le même transforme des cuillères en argent trouvées en pièces de 20 pences, posant alors le problème de la valeur liée à l’activité (Home-made 20 pences pieces…, 1996).
Au-delà, cette exposition interpelle car elle pointe efficacement combien l’acte et l’idée de travailler sont générateurs d’images dans la société contemporaine. Des images que les entreprises, et donc le travail, se réapproprient souvent, en un cycle sans fin…

ENTREPRISES SINGULIÈRES

Jusqu’au 26 août, MAC/VAL, Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Place de la Libération, 94400 Vitry-sur-Seine, tél. 01 43 91 64 20, www.macval.fr, tlj sauf lundi 12h-19h. Le MAC/VAL a édité un livret consacré à chacun des artistes du programme « Zones de Productivités Concertées ».

ENTREPRISES SINGULIÈRES

- Commissaire : Frank Lamy, chargé des expositions temporaires au MAC/VAL - Nombre d’artistes : 8 - Nombre d’œuvres : 50

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°260 du 25 mai 2007, avec le titre suivant : Travail artistique

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