Samedi 15 décembre 2018

Expérience

Soleil vert

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 21 novembre 2003 - 434 mots

À Marseille, Ann Veronica Janssens
emprisonne couleur et lumière.

 MARSEILLE - « 8 minutes et 26 secondes », soit la durée nécessaire pour que les rayons du Soleil arrivent sur Terre. Le titre donné par Ann Veronica Janssens à son exposition au MAC/Galeries contemporaines des musées de Marseille évoque simultanément le temps, l’espace et la lumière. Le spectre n’est pas trop large pour la dizaine d’œuvres présentées ici, mais il n’est jamais question de lumière naturelle. Pas de fenêtre pour voir le Ciel (2002) ; mais sa retransmission en temps réel par le biais d’une vidéo. « Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors-service », écrivait William Gibson dans les premières lignes de Neuromancien (1984). Désarmante de simplicité, l’œuvre de Janssens produit la même confusion. Par temps de grisaille, difficile de savoir si la projection est celle d’un ciel beige ou d’une vidéo neige. Réactivant quelques-unes des expérimentations du cinéma expérimental des années 1960 (Peter Kubelka, Paul Sharits), le travail d’Ann Veronica Janssens joue depuis une dizaine d’années sur la perception, provoquant des allers-retours entre l’environnement du corps et l’introspection sensorielle. Sous les éclairs verts, rouges et bleus de Rosco # 26 Light Red/Lee HT 124 Dark Green/Lee HT 132, les yeux s’affolent et les neurones suivent. Quant aux cercles de Donut (2003), ils donnent à grands coups de flashes l’illusion d’une rotation. La pièce est l’exemple parfait d’un cinéma brut : du clignotement et l’impression d’un mouvement. Par son usage de la lumière colorée, l’œuvre de l’artiste belge fait évidemment songer à celle de James Turrell. Mais, à l’inverse de l’Américain, Ann Veronica Janssens s’abstient de toutes dimensions spirituelles, lui en préférant de plus matérielles. Comme présentées en annexe, les vidéos Jordanie (1998) et A2 (1999) sont deux documents de travail. Le premier examine la lueur du soleil sur une colline, le second capte en plan fixe le trafic autoroutier. Au centre du parcours, Jamaïcan Color’s 1 for Melle Justine (2003) fonctionne comme un zoom. La traversée dans les trois chambres qui composent cette vaste installation – trois temps entièrement et successivement rouge, jaune et vert – s’apparente à une expérience physique dans la couleur. À l’intérieur, tout n’est que brouillard chromatique. Impossible de discerner quoi ce soit à plus de 50 cm. La seule option est de fermer les yeux et voir apparaître une teinte lilas. La couleur, vraiment partout.

ANN VERONICA JANSSENS

8’ 26’’, jusqu’au 8 février 2003, MAC/Galeries contemporaines des Musées de Marseille, 69 avenue d’Haïfa, 13008 Marseille, tlj sauf lundi, 10h-17h, tél. 04 91 25 01 07 et aussi Mouvements de fonds, lire p. 4.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°181 du 21 novembre 2003, avec le titre suivant : Soleil vert

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