Jeudi 13 décembre 2018

Art contemporain

Sanejouand : Charge-objets

Par Bertrand Dumas · L'ŒIL

Le 16 janvier 2017 - 419 mots

Le Philadelphia Museum of Art, qui entend renforcer sa collection d’art français des années 1960, vient d’acquérir une œuvre historique de Jean-Michel Sanejouand.

Jean-Michel Sanejouand,  <em>Toile de bâche à rayures et châssis bois</em> (1964)
Jean-Michel Sanejouand, série des Charges-Objets : Toile de bâche à rayures et châssis bois (1964),
Courtesy Art : Concept

Sanejouand
Né en 1934 à Lyon, Jean-Michel Sanejouand est l’une des figures emblématiques de la scène artistique des années 1960. Les Charges-objets, démarrés en 1962, inaugurent une carrière qui progresse par séries d’œuvres. Ce premier jalon, clos en 1967, laisse place aux Organisations d’espaces (1967-1974), aux Calligraphies d’humeur (1968-1978), aux Espaces-peintures (1978-1986), puis aux Peintures Noirs et Blanc (1986-1992), avant de retourner, dès 1989, à la sculpture, ou plutôt la non-sculpture, comme pour prolonger les Charges-objets et ses premiers alignements de cailloux des années 1960. Autodidacte et sans chapelle, Jean-Michel Sanejouand s’est toujours singularisé de ses contemporains par des créations pionnières qui ont influencé toute une génération d’artistes par la radicalité de leurs propositions.

1964
Le Charge-objets acquis par le musée américain date de 1964. Il est donc contemporain de l’exposition collective « Poulet 20 NF », sise à la Galerie Yvette Morin, à Paris, où l’artiste présenta pour la première fois des installations combinant des objets.

Charge-objets
Suivant sa volonté d’affirmer le caractère désuet de la peinture et de la sculpture, Sanejouand crée ses premiers Charges-objets en 1962-1963. Ceux-ci procèdent de l’association d’objets manufacturés qu’a priori tout oppose. De la réunion de ces contraires naissent des confrontations poétiques et non dénuées d’humour à l’image de Juan-les-Pins, Charge-objets composé d’une tronçonneuse délicatement appuyée contre un coussin en fausse fourrure. L’artiste puise ses matériaux au rayon quincaillerie des grands magasins. De là provient la toile de bâche du Charge-objets du musée de Philadelphie que Sanejouand a tendue sur le châssis de l’une de ses anciennes toiles. D’autres linoléums, toiles cirées ou bâches pour auvent (sans doute le cas ici) subiront un traitement analogue visant à détourner l’objet de sa fonction initiale, selon un principe qui sera repris par les artistes de Supports/Surfaces après 1969.

52 000 €
Une somme principalement financée par le Kaiserman Fund, fonds mis en place par feu Kenneth S. Kaiserman, magnat de l’immobilier et grand donateur du musée de Philadelphie, décédé en 2012.

Ready-made
Le musée de Philadelphie, qui possède un ensemble important d’œuvres de Marcel Duchamp dont la célèbre Roue de bicyclette, s’est porté acquéreur d’un Charge-objets pour la part d’héritage qu’il doit au père du ready-made. Mais quand ce dernier sacralise les objets du quotidien en les faisant entrer au musée, les assemblages de Sanejouand produisent l’effet inverse en soulignant le caractère banal des matériaux et des objets qui les composent.

Légende photo

Jean-Michel Sanejouand, série des Charges-Objets : Toile de bâche à rayures et châssis bois (1964), 162 x 130 cm, collection Philadelphia Museum - Photo courtesy Art : Concept

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°698 du 1 février 2017, avec le titre suivant : Sanejouand : Charge-objets

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