Dimanche 18 novembre 2018

Jakob et Macfarlane

Reconversion accomplie

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 27 mai 2005 - 662 mots

À l’orée des années 1980, Renault n’envisageait pas encore d’abandonner Billancourt, où s’enracinait son histoire depuis 1898. La fameuse « citadelle ouvrière », ancrée au plus profond de l’île Seguin, clignotait encore de feux mal éteints. Et même, au sommet de l’immeuble du Point-du-Jour (où flamboyaient les interventions de Dewasne, Dubuffet et Soto), à l’étage présidentiel, on envisageait l’aménagement du « trapèze » (lire p. 3), soit quelque 27 hectares occupés par la Régie, et l’ouverture de cet ensemble replié sur lui-même, ville dans la ville, ville close, vers Boulogne et vers Paris.
L’opération « Billancourt 2000 » est donc mise en route par Bernard Hanon, le président de l’époque, avec pour objectif la mise en forme de la recherche et de l’innovation, la création d’un pôle technologique (qui verra le jour beaucoup plus tard à Guyancourt). Quatre équipes d’architectes sont consultées, et c’est Claude Vasconi qui est choisi pour mener à bien l’opération.
Mais les temps, l’économie et la rentabilité changent. Bernard Hanon est remplacé à la tête de
Renault par Georges Besse. Le projet est abandonné et seul sera édifié, par Vasconi, l’atelier 57 Métal. Un bâtiment étrange dont les sheds légèrement ondulants, les matériaux (brique, verre, zinc prépatiné) et les bardages affirmés accentuent l’expressivité. Et, en 1984, jaillit là une figure de proue, un bâtiment massif, presque monolithique à l’extérieur et d’une incroyable légèreté – quasi aérienne – à l’intérieur. Soit 9 000 m2 auxquels s’adjoint, séparé de l’ensemble par une sorte de « brèche » très dessinée, le bâtiment annexe du restaurant et des bureaux.
Quinze ans plus tard, Renault s’apprête à quitter Billancourt. Les terrains sont vendus et usines et ateliers se détruisent à grand rythme. Seul demeure le 57 Métal, protégé qu’il est, non pas par un classement en monument historique ni par une inscription à l’inventaire supplémentaire, mais en tant que partie constituante de ce qu’il est convenu d’appeler un « site remarquable » (et auquel participent l’île Seguin, le parc de Saint-Cloud et la Manufacture de Sèvres).
Après moult valses-hésitations, Renault décide de reconvertir le 57 Métal en un centre de communication baptisé « Renault Square Com ». Et il organise une consultation en 2000. Le nouveau président de Renault, Louis Schweitzer, a l’élégance de convier Claude Vasconi au jury, et c’est une jeune équipe d’architectes, Dominique Jakob et Brendan MacFarlane (tout juste entrés en pleine lumière médiatique grâce au restaurant Georges qu’ils viennent de réaliser au sommet du Centre Pompidou) qui emporte le morceau. Avec pour programme le basculement des trois travées d’origine (usinage sous six mètres de shed, montage moyen sous neuf mètres et montage lourd sous douze mètres), par une succession d’espaces destinés à la réception, à l’exposition et à la rencontre. Succession à laquelle s’ajoutent trois auditoriums de 500, 300 et 100 places, des salles de séminaires, une salle de visioconférence, une salle de presse…
Force est de constater que le choix a été judicieux, tant Jakob et MacFarlane inaugurent aujourd’hui un projet de reconversion d’une extrême intelligence, et qui, d’ailleurs, réjouit Claude Vasconi. Refusant tout à la fois une intégration molle ou un affrontement stérile, ils se sont livrés à une confrontation subtile et affirmée avec l’œuvre existante.
D’emblée, ils couvrent la « brèche » d’une verrière, réunissant ainsi les deux bâtiments d’origine. Puis ils organisent une sorte de traversée qui conduit d’une place urbaine à l’autre, tout en ceinturant l’espace d’une large promenade en mezzanine.
« Les sheds, séquencés par les grands portiques en béton brut, constituent le champ générateur pour l’intervention entière », confie MacFarlane. Qui ajoute : « Les écrans de très grandes dimensions qui organisent les espaces sont réalisés en panneaux légers de nid-d’abeilles. »
Ce sont justement ces immenses écrans, d’un blanc immaculé, qui donnent toute sa réalité à l’espace conçu par les jeunes architectes.
Les jeux de pliages et de facettes auxquels ils soumettent ces écrans donnent au 57 Métal, devenu le
Renault Square Com, toute sa densité, sa fluidité et son rythme.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°216 du 27 mai 2005, avec le titre suivant : Reconversion accomplie

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