Mercredi 23 octobre 2019

Paris-Berlin

Réchauffement culturel

Le programme « Thermostat » jette un pont entre des centres d’art français et allemands

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2011 - 712 mots

BERLIN - « La France et l’Allemagne sont les deux moteurs de l’Union européenne, mais si nous ne coopérons pas dans le domaine culturel, nous construisons sur du sable. »

Fort de ses convictions, Bernard de Montferrand, l’ambassadeur de France en Allemagne, a le sens de la métaphore ! C’est bien pour renforcer la coopération et les échanges franco-allemands dans le champ de la culture que l’Institut français d’Allemagne, à Berlin, a lancé au printemps 2010 l’opération « Thermostat », pilotée par Cédric Aurelle, son responsable pour les arts plastiques. L’initiative est venue de d.c.a., l’Association française de développement des centres d’art, qui, animée par une volonté de développer la visibilité des centres d’art français à l’étranger tout en encourageant des échanges et de nouvelles formes de coopération, s’est logiquement tournée vers le voisin allemand. Selon Claire Le Restif, présidente de d.c.a. et par ailleurs directrice du Crédac à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), « les Kunstvereine allemandes ont été repérées par les Français comme étant des partenaires naturels, car l’Allemagne constitue un exemple historique d’aménagement culturel du territoire via les Länder, qui a donné lieu à l’établissement du maillage le plus puissant et le plus organisé en Europe. » Il est vrai qu’avec quelque trois cents Kunstvereine réparties sur son territoire – dont la plus ancienne fut fondée en 1792 –, l’emprise de ces structures légères au fonctionnement associatif, initialement pensées comme des clubs, des associations bourgeoises dédiées au soutien de la création la plus actuelle, apparaît impressionnante. 

Vingt-quatre structures regroupées en binômes 
Au terme d’une longue réflexion, initiée en 2007 et ayant permis une découverte réciproque grâce à la mise en relation des différents partenaires – plutôt que de taire leurs différences de pensée et de mode d’action, ils les ont intégrées à leurs échanges –, « Thermostat » a finalement associé vingt-quatre structures regroupées en binômes. Basée sur un processus d’échanges d’expositions réparties sur presque une année, entre juin 2010 et avril 2011, l’initiative est d’autant plus engageante qu’elle permet d’exporter et de diffuser, outre-Rhin, de nombreux artistes français jeunes, voire en milieu de carrière, déjà connus dans l’Hexagone mais qui nécessitent de s’exporter. La réciproque étant aussi vraie !
Les échanges mis en place, et c’est heureux, adoptent quant à eux des schémas différents qui traduisent des approches variées dans l’idée même de collaboration. Certains ont opté pour l’organisation pure et simple d’une exposition l’un chez l’autre, comme Marianne Lanavère, directrice de La Galerie (centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, Seine-Saint-Denis), qui a présenté l’été dernier une exposition personnelle d’Evariste Richer à la Kunstverein de Brunswick et reçoit cet hiver un projet de Matti Braun pensé par Hilke Wagner, qui dirige cette dernière institution. D’autres ont élaboré un projet en deux volets montrant des artistes différents. Ainsi « Trust ! The Eleventh Letter », pensé par la Synagogue de Delme (centre d’art en Moselle) et la Brandenburgischer Kunstverein de Potsdam sur l’idée du contexte de travail, a-t-il vu exposer en France Joëlle de la Casinière, David Hatcher et Javier Téllez à l’initiative d’Astrid Mania et Silke Albrecht, alors que Marie Cozette a exposé chez ses partenaires Patrick Bernier et Olive Martin ainsi qu’Élise Florenty et Marcel Türkowsky. 

Ménage à trois 
Entre le CRAC Alsace, à Altkirch (Haut-Rhin), et la Gesellschaft für Aktuelle Kunst de Brême, deux artistes – Julien Bismuth et Shannon Bool – donnent lieu à une exposition commune d’un côté et à deux présentations personnelles de l’autre. À Bielefeld, Thomas Thiel, directeur de la Bielefelder Kunstverein, et Yann Chevallier, son homologue du Confort Moderne (Poitiers), interrogent la jolie idée d’une exposition partant en voyage, avec un accrochage regroupant notamment Émilie Pitoiset, Davide Balula, Can Altay et Peggy Buth, conçu et effectué à deux, qui sera réinstallé sensiblement à l’identique à Poitiers (Vienne) en mars prochain. D’autres encore – un cas à part ! – font ménage à trois. La Kunstverein Harburger Bahnhof de Hambourg, la Halle für Kunst de Lunebourg et le CNEAI (Centre national de l’estampe et de l’art imprimé) de Chatou (Yvelines) se sont engagés dans « Channel TV », une réflexion sur l’image télévisée qui, en plus de leurs expositions respectives, a donné lieu à la publication d’un numéro spécial de la revue Multitudes.

THERMOSTAT,

Jusqu’au 30 avril, divers lieux entre la France et l’Allemagne, informations sur www.project-thermostat.eu

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°338 du 7 janvier 2011, avec le titre suivant : Réchauffement culturel

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