Dimanche 18 novembre 2018

Qui sont les peintres de demain ?

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 21 janvier 2015 - 363 mots

C'est un véritable serpent de mer. L’idée que la peinture serait morte ne cesse d’être évoquée par une bonne partie du monde de l’art, qui, s’appuyant sur Marcel Duchamp, bat en brèche tout ce qui relèverait du rétinien.

C’est faire peu de cas de la parole de Léonard de Vinci affirmant que « la pittura è una cosa mentale » [l’art de la peinture est un exercice de l’esprit] ! Bien plus que la seule peinture, toute œuvre d’art est produit de l’esprit pour ce qu’elle procède d’une délibération intellectuelle et de l’expression d’une pensée. « La peinture, dit le peintre Gérard Garouste, c’est la pensée qui passe par la main. » Autant dire que déclarer la fin de la peinture est un postulat non seulement impensable, mais proprement inepte. Ce n’est pas la peinture qui est en cause, mais le regard que l’on porte sur elle et ceux qui en profèrent la mort ne font que détourner leurs yeux vers d’autres objets. En vérité, la peinture n’a jamais cessé et ne cessera jamais d’exister. Par nature, elle est consubstantielle à l’être humain, et c’est en quoi on en parle en termes d’incarnation.

Gasiorowski aimait à citer Georges Braque qui prétendait que, dans le plus grand dénuement, le peintre aurait toujours sa merde pour peindre. Une formule qui fait écho à celle d’Antonin Artaud déclarant que « là où ça sent la merde, ça sent l’être », et qui n’est pas sans renvoyer à la boîte de merde imaginée par Piero Manzoni au début des années 1960. On ne peut opposer les tenants du pictural aux thuriféraires du tout-technologique, les drogués de la térébenthine aux accros du numérique, les ringards de l’image peinte aux surdoués du virtuel. Le monde n’est pas un. L’art n’est pas univoque. Il est plural et il se nourrit des inventions permanentes qui adviennent.

La force de la peinture réside dans sa résistance parce que le temps est son partenaire privilégié. Dire et répéter que « le luxe de la peinture est de prendre son temps et celui du peintre de lui donner le sien », c’est affirmer non seulement la vie prospective de ce mode, mais vouloir le considérer comme le lieu par excellence d’une perpétuelle renaissance.

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<br /><b>Légende Photo :</b><br/>Claire Tabouret, <em>La Voyante</em>, 2014, acrylique sur toile, collection particulière © D.R.</p></div></body></html>

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°676 du 1 février 2015, avec le titre suivant : Qui sont les peintres de demain ?

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