Mardi 17 septembre 2019

Design - Eclairage

Pulpe de lux

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 7 juillet 2010 - 623 mots

« Une lampe pour corbeille à papier. » Ou, encore plus explicite : « Une lampe que vous pouvez jeter si vous en avez marre ! » À l’heure où la surconsommation est montrée du doigt, vanter les mérites d’un nouveau luminaire avec des formules aussi peu politiquement correctes tient de la gageure, sinon du ratage total de campagne de publicité.

Ces curieux slogans ne sont évidemment à prendre qu’au second degré. Ils émanent de la toute jeune firme suédoise Wästberg – trois ans d’âge –, que l’on a déjà eu l’occasion d’évoquer dans ces lignes (lire le JdA no 276, 29 février 2008, p. 12) et concerne leur dernier produit : la lampe de bureau w101 (1). Présentée en avril au dernier Salon du meuble de Milan, elle a été dessinée par un trio d’architectes également suédois et en vogue : Mårten Claesson (1970), Eero Koivisto (1958) et Ola Rune (1963), lesquels ont fondé leur agence en 1995, à Stockholm (www.ckr.se). Leurs réflexions actuelles surfent évidemment sur l’air du temps et en particulier autour du… développement durable.

Certes, la silhouette de leur lampe est singulière, géométrique et effilée comme le cou d’une aigrette. Mais ce qui fait son originalité, c’est bien le matériau avec lequel elle est fabriquée : le DuraPulp, une nouvelle matière constituée à 75 % de pulpe de papier recyclée, mélangée à 25 % de PLA, un polymère non issu du pétrole mais d’amidon végétal. Le mélange a été mis au point par le groupe forestier suédois Södra, l’un des plus gros fabricants mondiaux de pulpe de papier. Son objectif : créer de nouvelles pulpes de papier et les utiliser dans des domaines autres que l’industrie du papier.

Résultat : le DuraPulp cumule les prouesses. Il est léger, solide, imperméable et façonnable dans des moules. Enfin et surtout : il est biodégradable, donc recyclable. Bref, un matériau assurément performant. « J’avais été particulièrement intrigué par ce matériau lorsque je l’ai découvert, explique Magnus Wästberg, 35 ans, patron de l’entreprise éponyme. Et pourtant, on évoque déjà ce matériau pour fabriquer une voiture… C’est dire son potentiel ! »

Minimaliste
Le trio Claesson/Koivisto/Rune, lui, en a usé pour la première fois l’an passé, pour concevoir une amusante chaise d’enfant baptisée Parupu (« pulpe de papier » en japonais). Un siège réalisé à partir d’un moule et qui était ultraléger afin que les enfants puissent le porter sans aide, et que les parents pourraient jeter sans scrupule lorsque leur progéniture aurait grandi. Cette fois, usant toujours de cette même matière, les trois designers ont adopté une autre technique : la pression à haute température. Dix-huit couches de DuraPulp ont ainsi été compressées pour former le matériau de base de leur luminaire, d’une épaisseur de (seulement)… 2,5 mm et d’un poids avoisinant les 100 gr/m2.

Mieux : le système électrique, des diodes électroluminescentes de dernière génération, est littéralement intégré, au sens propre du terme, à la pulpe, c’est-à-dire noyé dans les fibres. Le tout est ensuite plié tel un origami – la réalisation proprement dite nécessite dix opérations – et le luminaire prend forme peu à peu. Si ledit pliage donne un effet sculptural à cette lampe, il lui apporte surtout une évidente rigidité, laquelle est également complétée avec un minuscule pied en fonte, histoire d’éviter définitivement à l’objet toute possibilité de basculement. L’exercice est clair : l’emploi du DuraPulp aura, dans ce cas précis, permis d’utiliser le minimum absolu de matériau. Ce qui, de nos jours, est plutôt bien vu. 

(1) La lampe de bureau w101 existe en quatre couleurs : naturel, orange, bleu et jaune. Dimensions : 500 x 390 x 110 mm. Source lumineuse de 5 watts. Mise en vente : automne/hiver 2010. Prix : environ 250 euros. Renseignements : www.wastberg.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°329 du 9 juillet 2010, avec le titre suivant : Pulpe de lux

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