ARCHITECTURE

Patrick Rubin

Du chocolat au paysage

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 17 février 2009

Ayant fait ses classes à Paris chez divers confiseurs, Victor-Auguste Poulain part pour Blois (Loir-et-Cher) en 1847 où, l’année suivante, il installe sa propre confiserie.

Chocolatier d’exception, il met au point une tablette de chocolat noir d’une finesse extrême. Entrepreneur hors pair, il passe très vite à l’industrialisation et fait construire, dès 1862, près du centre-ville et de la toute récente gare, son premier atelier de fabrication, lequel se démultipliera au fil du temps. En 1988, la chocolaterie Poulain décide de s’excentrer et confie à Jean Nouvel la conception d’une usine à Villebarou, à la sortie de Blois. Résultat, une fine lame noire de verre et d’acier qui apparaît immédiatement comme un étalon de l’architecture industrielle.

Poteaux champignons
Mais que faire de la grande friche ainsi délaissée en plein cœur de la ville ? La municipalité rachète, décide de détruire et d’y édifier une ZAC. Commence alors la chute des bâtiments de brique, avec la grande chaufferie et sa haute cheminée comme premières victimes en 1995. C’est à cette époque que l’atelier d’urbanisme de la Ville propose d’installer la toute jeune « École nationale supérieure de la nature et du paysage », encore nomade, dans les locaux restants. La municipalité adhère au projet, le rectorat est sceptique, n’imaginant pas un établissement pédagogique prendre place dans ce vide. C’est alors qu’intervient l’architecte Patrick Rubin dont l’agence, Canal, va développer une étude de réhabilitation-reconversion du bâtiment, lequel date de 1919 et est animé d’un dispositif de poteaux-champignons inventé par l’ingénieur suisse Robert Maillart.
Le projet concernant l’école occupera 4 500 des 11 000 m2 de la surface globale. Rubin va réorganiser la proue du bâtiment, l’ouvrir à la lumière, lui donner des couleurs, organiser des leurres, des lignes de fuite, des traversées, des découvertes, ponctuant le tout de légères interventions graphiques sur les murs et les poteaux. Il aménage une terrasse et, petite performance, abaisse le sol intérieur de l’édifice jusqu’au niveau du sol extérieur. De telle manière que le grand parvis nouvellement créé et le grand hall d’accueil communiquent de plain-pied.
Procédant ainsi, il donne encore plus d’élancement à la forêt de piles, encore plus d’espace et de volume à ce grand hall qui s’ouvre sur la ville par sept portes monumentales.
La première année scolaire d’occupation (2006-2007) a été l’occasion de peaufinages, réglages, précisions. Pour sa deuxième année d’exercice, l’École nationale supérieure de la nature et du paysage vogue dorénavant dans un grand vaisseau qui constitue lui-même un paysage.

A lire

Itinéraires du passeur, Patrick Rubin architecte. Entretiens avec Patrice Goulet, Ante Prima/AAM Éditions, 160 pages, 29 euros, ISBN 978-287-143-21-28.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°297 du 20 février 2009, avec le titre suivant : Patrick Rubin

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