Vendredi 30 octobre 2020

Os séant

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 12 février 2015 - 428 mots

La mode des pièces surdimensionnées, comme en témoigne encore la vaste rétrospective Jeff Koons actuellement en cours au Centre Pompidou, à Paris, n’étonne plus. En design itou. Ainsi en est-il de ce banc en forme d’os géant imaginé par Daï Sugasawa, 37 ans, designer japonais installé à Paris depuis une dizaine d’années. La forme de cette assise prête évidemment à sourire. Or, côté humour, l’homme a de qui tenir, ayant notamment œuvré, ces trois dernières années, pour le farfelu Philippe Starck, avec lequel il a même cosigné plusieurs produits pour la firme transalpine Kartell.

C’est d’ailleurs le créateur français qui l’a invité à rejoindre une petite bande de designers internationaux à l’occasion de la naissance, l’an passé, du nouvel éditeur de mobilier TOG – nom tiré du vocable anglo-saxon together, « ensemble » –, dont l’actionnaire principal est le groupe industriel Grendene – leader de la chaussure au Brésil –, et la philosophie pour le moins singulière. Le fabricant propose, en effet, une vingtaine de familles de meubles et objets (table, chaise, tabouret, canapé, fauteuil, banc, table à roulettes…) que tout un chacun peut customiser à l’envi, autrement dit : « personnaliser ». La méthode est simple : TOG propose des produits « nus », et l’acheteur peut, au choix, les acquérir tels quels dans les points de vente ou par Internet ; faire modifier, en amont à l’usine, la forme ou la couleur, voire y imprimer une image ou une photographie ; enfin, les faire « personnaliser » par un artisan ou un artiste de son choix.

On l’aura compris : Daï Sugasawa, lui, apprécie les os, « ces pièces rigides qui forment le squelette et soutiennent les parties molles du corps » (dixit le Grand Robert). Dès sa plus tendre enfance, à Tokyo, lors de ses multiples visites au Musée national de la nature et des sciences, il est, en particulier, fasciné par la taille des os de dinosaure qu’expose l’institution : « Je me demandais alors ce que cela donnerait s’il y avait des os de dinosaure partout, même dans les maisons, les parcs, les jardins… » Cette drôle d’idée, il l’a longtemps conservée dans un coin de sa tête, avant de la formaliser aujourd’hui de manière singulière : un banc en polyéthylène rotomoulé. Ses dimensions : 210 cm de long sur 69 cm de large, pour une hauteur de 60 cm. Son nom : Os Hen. « Le design n’a pas besoin d’explications, il doit s’exprimer de lui-même, être intuitif, estime Sugasawa. Il doit être original et générer de l’émotion. » Jusqu’à… l’os ?

À savoir :
Prix du banc Os Hen : à partir de 588 €. Outre Daï Sugasawa et Philippe Starck, TOG réunit, pour l’heure, les designers Sebastian Bergne, Ambroise Maggiar, Jonathan Bui Quang Da, Nicola Rapetti, Sam Hecht et Kim Colin.

À voir :
Né en 1977, Daï Sugasawa s’est installé en 2005 à Paris où il a ouvert sa propre agence cinq ans plus tard, après avoir notamment travaillé pour le designer Christophe Pillet. On peut découvrir ses projets sur son site : www.daisugasawa.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°677 du 1 mars 2015, avec le titre suivant : Os séant

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