L’emoc

Ombre et lumière

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 9 septembre 2005

L’école d’architecture installée dans les Petites Écuries à Versailles, le centre de musique de chambre Pro-Quartet dans l’aile Henri IV du château de Fontainebleau, le Palais de Tokyo, l’îlot des Bons-Enfants – regroupant les services du ministère de la Culture et de la Communication –, la galerie d’Apollon du Louvre et le Musée des arts décoratifs à Paris, le Centre national de la danse (Équerre d’argent 2004) à Pantin (Seine-Saint-Denis), le projet de Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) à Marseille… : autant de projets et de réalisations, tous chroniqués dans nos colonnes et qui doivent beaucoup à l’EMOC.
Créé par décret le 19 mai 1998, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication, l’EMOC est né de la fusion de l’EPGL (établissement public du Grand Louvre) et de la MIGT (mission interministérielle des grands travaux de l’État), deux institutions ayant achevé leur mission, à savoir la restructuration du Louvre, d’une part, et l’accomplissement de ce qu’il est convenu de nommer « les grands chantiers du président » (Mitterrand), d’autre part.
La mission de l’EMOC est claire : « Assurer, à la demande et pour le compte de l’État, tout ou partie de la maîtrise d’ouvrage des opérations de construction, d’aménagement, de réhabilitation, de restauration ou de réutilisation d’immeubles appartenant à l’État, y compris d’immeubles remis en dotation à des établissements publics de l’État, et présentant un intérêt public, éducatif ou universitaire  »...
Au-delà d’une simple définition de mission, l’EMOC, c’est une équipe de 80 personnes et un ensemble d’opérations d’études et/ou de réalisations représentant un volume d’investissement global de l’ordre de 800 millions d’euros et un montant de travaux annuel d’environ 120 millions d’euros. On le voit, tout sauf une mince affaire…
Pour Jean-Claude Dumont, président de l’EMOC, il s’agit, avant tout, de faciliter l’éclosion des projets : « Nous sommes, en quelque sorte, des entremetteurs. Concernés et impliqués. Notre métier consiste à aider nos tutelles à prendre les décisions les meilleures en termes de stratégie, de définition, d’objectifs et de programme. Puis, d’aider à prendre les décisions les meilleures en termes administratifs, financiers, logistiques et techniques. Enfin, de mener à terme les projets dans les meilleures conditions possible. Soit une réelle mission de service public. »
Au vu des résultats, force est de constater que la conception qu’a l’EMOC du service public rompt avec de trop fréquentes habitudes. Non pas au service des services, mais bien au service du public. Pour s’en convaincre, il suffit de constater les résultats et de considérer la qualité des architectes retenus. Sans ordre préétabli et sans exclusive : Beckmann et N’Thépé aux Petites Écuries ; Jean-François Bodin à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris ; Frédéric Borel à l’école d’architecture Paris-Val-de-Seine ; Brochet, Lajus, Pueyo à l’Orangerie à Paris ; Chaix et Morel, Chochon et Pierre et Nicolas Michelin à l’université Paris-VII ; Sylvain Dubuisson, Desmoulin, Kahane, Moinard et Tusquets au Musée des arts décoratifs ; Massimiliano Fuksas au Centre des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) ; Jacques Moussafir au centre de musique de chambre de Fontainebleau ; Rudy Ricciotti à Marseille et à Paris ; Antoinette Robain et Claire Guieysse au Centre national de la danse de Pantin ; Francis Soler aux Bons-Enfants ; Lacaton et Vassal au Palais de Tokyo…
De nombreux chantiers sont en cours, tels ceux, à Paris, de la Cinémathèque française, installée dans l’ex-American Center de Frank O. Gehry restructuré par l’Atelier de l’Île (ouverture en octobre 2005), du Théâtre national de l’Odéon, réaménagé par Alain-Charles Perrot (début 2006), du Musée des arts décoratifs (mai 2006), du Musée de l’Orangerie (mai 2006), de la Cité de l’architecture et du patrimoine et de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, confiée à Patrick Bouchain et installée dans le palais de la Porte dorée (ouverture prévue pour ces deux dernières au printemps 2007)…
Et voici que rouvre, en ce mois de septembre, le Grand Palais à Paris, réhabilité sous la houlette d’Alain-Charles Perrot et de Jean-Loup Roubert (lire p. 41). Une réouverture partielle qui ne concerne que le sol de la grande nef, où vont dorénavant se succéder expositions temporaires, salons et défilés de mode. Avec une nouvelle verrière, réalisée à l’identique, non plus translucide mais littéralement transparente, ce qui donne, à l’intérieur, une lumière quasi magique, et, vu de l’extérieur, un effet saisissant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°220 du 9 septembre 2005, avec le titre suivant : Ombre et lumière

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