Œuvres sans gravité

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 19 novembre 2013 - 428 mots

20 août 2012, en Floride, au sud de Cap Canaveral. Après avoir passé plus de dix ans à saturer méthodiquement l’espace urbain de créatures en mosaïque, Invader affronte ce jour-là un nouveau défi : envoyer l’une d’entre elles, dénommée pour l’occasion Space One, dans l’espace.

En guise de navette, le street artist parisien utilise un ballon bidouillé avec les moyens du bord et gonflé à l’hélium. Y sont fixés face à face une caméra et un alien pixellisé façon jeu vidéo. Le dispositif permet de documenter l’événement. Dans Art4Space, le film pseudo-scientifique qu’Invader en a tiré, on voit l’œuvre s’élever au-dessus des Everglades puis gagner peu à peu la stratosphère, où elle flotte un moment avant de se parachuter jusqu’au sol. La première projection du film à Paris cet automne a d’autant plus fait événement que la performance se place dans le droit fil de la démarche de l’artiste, où l’on peut lire une sorte de conquête ludique de l’espace. Pourtant, Space One n’est pas la première œuvre d’art à avoir été projetée hors de l’atmosphère.

Dès ses balbutiements, l’aventure spatiale fascine le monde de l’art, qui s’y associe. En 1969, l’Américain Forest Myers imagine ainsi le Moon Museum. Cette plaque minuscule de céramique sur laquelle six artistes, dont Rauschenberg et Warhol, ont apposé un dessin aurait été déposée sur la Lune par Apollo 12. Deux ans plus tard, le Belge Paul Van Hoeydonck destine au sol lunaire unesculpture anthropomorphe en aluminium qui se veut un hommage aux victimes de la conquête spatiale : Fallen Astronaut. Depuis, les projets mêlant l’art à l’aventure spatiale se sont multipliés, glissant notamment du besoin de laisser une trace à celui d’éprouver les potentialités d’un milieu sans gravité. Parmi les pionniers du « Space Art », figure ainsi Pierre Comte, dont les mobiles s’animent sitôt placés en apesanteur. De la même manière, l’Observatoire de l’espace du CNES (Centre national des études spatiales) organise des résidences artistiques dans le cadre de vols paraboliques – histoire de confronter écrivains, chorégraphes ou sculpteurs à l’expérience de la microgravité.

Avec la multiplication des satellites et des missions spatiales, l’espace est si peuplé désormais que certains artistes créent des œuvres d’art qui puissent se contempler de là-haut. Et, si Mars reste vierge pour l’instant de toute création, c’est que la mire embarquée dans la sonde Beagle 2, peinte par Damien Hirst, s’est perdue en route. Bref, en matière d’art spatial, tout a été tenté ou presque. Si bien qu’à ce jour, seul un terrain reste vierge : la mise en orbite d’œuvres d’art visibles depuis la Terre… 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°663 du 1 décembre 2013, avec le titre suivant : Œuvres sans gravité

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