Galeries

Notes new-yorkaises

Par Christophe Domino · Le Journal des Arts

Le 2 décembre 2005

Sur une scène toujours foisonnante, Hans Haacke dresse son « état de l’Union ».

NEW YORK - Quelques heures de vernissage en plein été indien ce début novembre suffisent à le rappeler : ce ne serait que par leur nombre, les galeries new-yorkaises offrent un éventail de propositions et de positions artistiques toujours saisissant, que quelques lignes de choses vues à Chelsea et à Brooklyn ne sauraient qu’évoquer. L’ouverture générationnelle comme géographique des choix d’artistes permet que cohabitent les masters américains – un Sol LeWitt magnifique ou un Carl Andre ici, des Chamberlain (bien proprets cependant) chez Pace-Wildenstein, des photos classiques des années 1960 de Ed Rusha (parkings, etc.) chez Yancey Richardson, des artistes des plus jeunes générations, des européens, et même des français ! Ainsi, Jean Charles Pigeau (Art of this Century), Jean-Pierre Khazem (Sperone Westwater),
Xavier Veilhan (deux de ses mobiles noirs chez Sandra Gering), Anne Deleporte (Roebling Hall, avec en particulier une belle version de ses peintures murales sur papier journal) ou Patrick Martinez (une vidéo chez Parker’s Box). Novembre était aussi le mois de Performa 05, nouvelle Biennale de la performance créée par Rosalee Goldberg, qui fédère une vingtaine d’institutions et une dizaine de galeries pour des rendez-vous avec environ quatre-vingt-dix artistes.
Dans ce panorama, on s’étonnera toutefois de l’enthousiasme du public pour les paysages panoramiques de Clifford Ross (Sonnabend), qui tiennent surtout de la virtuosité technique ; ou pour les séries de la New-Yorkaise Roni Horn, qui, associées au pathos diaphane du visage d’Isabelle Huppert, tiennent beaucoup de l’exercice du ressassement. Tracey Emin (Lehmann Maupin) a déplacé des foules pour une exposition sentimentale mêlant installations, vidéos, dessins et broderies bien sages. Les grands tableaux géographiques de Mark Bradford (Brent Sikkema), faits de tressage de papiers et d’affiches, sont en revanche assez impressionnants, et les compositions au sol de papiers dessinés découpés de Polly Apfelbaum, autre New-Yorkaise, font merveille. Les collages cartographiques de Lisa Segal (Frederick Taylor Gallery) sont pour leur part attachants, comme l’est également l’univers de conte d’une jeune Allemande, Julia Oschatz (Leslie Tonkonow).

Précision plastique
L’événement qui a attisé les commentaires, cependant, est celui qui s’est produit à la galerie Paula
Cooper le 5 novembre : le retour de Hans Haacke à New York. Un Hans Haacke plus combatif que jamais, avec une exposition intitulée « State of Union » (« L’état de l’Union », par référence et par défi au discours annuel des présidents américains), articulée autour de manipulations du drapeau américain et des « Stars and Stripes ». Ces étoiles-là sont déchues, aux yeux de cet artiste d’origine allemande vivant à New York depuis 1965 et qui produit depuis lors ce travail frontal avec les signes et les attributs du pouvoir. Il signe là encore une exposition très explicitement critique et plutôt convaincante. Hans Haacke met en cause le triomphalisme nationaliste de la Maison Blanche par des images et des dispositifs très directs, comme ce fragment gigantesque de bannière étoilée qui pend au centre de la galerie, et qui semble se répandre au sol et voir ses étoiles s’effacer.
Direct, certes, mais toujours avec cette précision plastique qui permet que le travail et son énergie dénonciatrice portent. Et cela même si tout une génération d’artistes new-yorkais, ayant renoncé au positionnement politique, semble avoir du mal à se reconnaître dans la démarche d’un Hans Haacke.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°226 du 2 décembre 2005, avec le titre suivant : Notes new-yorkaises

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