Mercredi 1 décembre 2021

Architecture

Neuf fois ailleurs

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 31 janvier 2012 - 1388 mots

Une sélection des créations qui contribuent au rayonnement de l’architecture culturelle française...

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Christian de Portzamparc - Cidade da Musica, Rio de Janeiro, Brésil (2011)

Premier lauréat français du prix Pritzker en 1994, Portzamparc a plusieurs fois fait le tour du monde. Des logements à Fukuoka au Japon (1992), la tour Dior à New York aux États-Unis (1999), la Philharmonie de Luxembourg (2003) sont là, entre autres, pour en témoigner. Avec la Cidade da Musica (dont le nom varie au gré des humeurs des municipalités carioca), il livre un ouvrage majeur qui structure le nouveau quartier de Barra Da Tijuca face à l’Océan. Adossé aux montagnes il se dresse sur cette plaine côtière, telle une sculpture monumentale, inspirée, baroque et, justement musicale, sa terrasse publique surplombant un jardin tropical.

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Patrick Bouchain - Volière Dromesko, Lausanne, Suisse (1991)

Une structure nomade, un lieu de spectacle vivant à la souplesse infinie, posé en 1991 en plein cœur de Lausanne. Un équipement polymorphe qui s’adapte à toutes les situations et trouve aussi bien sa place en centre-ville qu’en périphérie. Nomade, la structure l’est vraiment puisqu’elle a, depuis longtemps, quitté Lausanne et la Suisse pour s’envoler à travers les paysages d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie, de République Tchèque tout en s’ancrant, au gré du temps et des spectacles montés par Igor Dromesko, à Saint-Jacques-de-la-Lande en Bretagne… Avec le cabaret-volière itinérant Dromesko, Patrick Bouchain démontre sa volonté et son génie – comme pour le théâtre Zingaro (à Aubervilliers), l’Académie Fratellini (à Saint-Denis) ou encore le Caravansérail de la Ferme du Buisson (à Noisiel) – à créer des architectures « non finies », à ménager des « vides », à laisser libre cours à « l’interprétation », à favoriser la « transformation dans le temps », à introduire « le non voulu, l’inattendu ». Tout comme il vient de le rééditer, en 2011, avec le Centre Pompidou mobile.

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Paul Andreu - Grand théâtre national, Pékin, Chine (2007)

Paul Andreu, on le sait, est l’homme des aéroports. Depuis Roissy 1 qui, en 1974, apparut comme une révolution aéroportuaire et un sommet architectural, il en a édifié sur tous les continents en tant qu’architecte en chef d’ADP (Aéroport de Paris). En 2004, sur les arrières de l’Assemblée nationale de la République de Chine qui borde la place Tienanmen, il inaugure le Grand théâtre national de Chine que chacun, dorénavant, appelle l’Opéra de Pékin. Soit une immense coque ellipsoïdale, faite d’une structure d’acier recouverte d’aluminium et tendue de titane, posée au milieu d’un lac et culminant à 46 mètres. L’ensemble abrite une salle d’opéra (2416 places), une salle de concert (2016 places), un théâtre (1040 places), ainsi que des espaces de création, d’exposition et de consommation. C’est par une galerie, longue de 60 mètres, placée sous le bassin qu’on accède aux 150000 m2 de l’ensemble.

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Rudy Ricciotti - Salle de concert philharmonique, Postdam, Allemagne (2000)

Alors bien sûr, existe la passerelle de la Paix à Séoul, en Corée (2002), magnifique ouvrage d’art avec lequel Ricciotti exprime à plein la radicalité dont il fait preuve notamment avec le Stadium de Vitrolles (1994) ou le Pavillon noir d’Aix-en-Provence (2006). Avec le Nikolaïsaal, c’est une autre histoire qui s’écrit. Il s’agit de se faufiler dans un existant démembré et d’en faire une salle philharmonique au cœur d’une ville où le baroque triomphe. Qu’importe, Ricciotti pratique la radicalité, mais revendique « le maniérisme pour refuser la taxe puritaine de la modernité ». À Potsdam, Ricciotti se fait flamboyant, joue de la sensualité, voire de l’érotisme et aborde l’architecture avec violence, adresse et précision. Résultat, une salle de concert de 725 places, à la blancheur bosselée, à la fois respectueuse des codes et des sons, irrévérencieuse dans sa formalisation.

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Odile Decq - Musée d’art contemporain, Rome, Italie (2010)

Être femme et architecte n’est pas chose aisée tant le monde du bâtiment est encore terriblement et jalousement « masculin ». Directrice de l’École spéciale d’architecture, Odile Decq y trace néanmoins sa route avec vigueur et talent. Son Macro (Musée d’art contemporain de Rome), réhabilitation d’un bâtiment industriel assortie d’une considérable addition est un témoignage de cette volonté d’« hyper-tension » qui anime l’architecte. Mais plus encore, il s’agit d’une épatante promenade, sous-tendue par une évidente sensualité : une balade architecturale ponctuée de passages, de passerelles et de plans inclinés, scandée d’événements et d’accidents visuels dont le bloc liquide et réversible de la fontaine vibratile constitue le point d’orgue. Les lumières, les couleurs, les tissages métalliques accentuent la sensation magique et mystérieuse de cette déambulation qui s’achève par une somptueuse terrasse dominant la ville, archétypiquement romaine.

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Bernard Tschumi - Musée de l’Acropole, Athènes, Grèce (2009)

L’idée du musée est née en 1830. Autant dire que sa conception et sa réalisation n’ont été qu’une succession de vicissitudes et de rendez-vous manqués. Lorsqu’enfin Bernard Tschumi s’y attèle, son projet emporte tous les suffrages. Monté sur pilotis, son musée dégage, en sous-face, les champs de fouilles qui sont visibles à travers les planchers de verre du niveau inférieur. Une longue rampe mène vers une salle hypostyle qui rend un vibrant hommage à la Grèce antique. Au niveau haut, décalé, déboîté, la grande salle, destinée à accueillir la frise complète du Parthénon dont une partie demeure au British Museum de Londres, épouse l’axe de l’Acropole, mesure les mêmes dimensions que le Parthénon et laisse voir, si proche, grâce à ses parois de verre (murs et plafond) l’ensemble Acropole-Parthénon qui le domine.

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R&Sie - Asphalt Spot, Tokamashi, Japon (2003)

Ils sont un peu « le poil à gratter » de l’architecture française. R&Sie (lire hérésie), soit François Roche et Stéphanie Lavaud ont quitté la France et naviguent entre Bangkok, Melbourne et New York, « loin de l’étroitesse de la société française ». Plus connus pour leurs écrits, leurs conférences et leurs enseignements avec lesquels ils élaborent « des dispositifs hétérotopiques, paranoïaques, vecteur et support de narration qui ne sont lisibles que par ceux qui prennent le risque de l’emprunter, de les emprunter », que pour leurs rares réalisations, ils sont plus célèbres et célébrés ailleurs qu’ici. Rares réalisations donc, mais surprise à chaque fois, à l’image de cet Asphalt Spot qui réunit un parking de vingt places et une galerie d’art ouverte. 300 m2 seulement, ondulants et expressifs, qui se lisent comme un manifeste de la métamorphose, de l’indépendance, de l’autonomie, de l’identité et de la différence.

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Jean Nouvel - Louvre Abou Dhabi, Émirats Arabes Unis (prévu en 2015)

Le deuxième prix Pritzker (le « Nobel » français de l’architecture), obtenu en 2008, est un habitué des long-courriers. On le retrouve, ainsi que ses œuvres, à Berlin, Vienne, Barcelone, Madrid, Copenhague, Lucerne, Tokyo, Minneapolis… Et à Abou Dhabi, sur l’île de Saadiyat (l’île du bonheur), à la tête du chantier de la première antenne étrangère du Louvre. Il n’y est pas seul, puisqu’il cohabite là, avec Tadao Ando, en charge d’un Musée de la mer semi-immergé ; avec Frank O. Gehry qui y édifie, avec son goût pour l’emboîté et le déconstruit, le plus grand des musées Guggenheim ; et avec Zaha Hadid dont la Cité des Arts évoque l’huître perlière qui demeure l’une des richesses de l’émirat. Le Louvre de Nouvel, posé au bord de l’eau dans laquelle il se mire, coiffé d’une vaste coupole, multipliant les jeux d’ombre et de lumière, réunira sur 22 500 m2 (surface totale : 63000 m2) les galeries d’exposition permanente, des espaces d’expositions temporaires, le musée des enfants, un auditorium, les réserves et les espaces publics (restaurants, boutiques, parkings…)

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Dominique Perrault - Université féminine Ewha, Séoul, Corée (2008)

Tellurique plus qu’écologique ? Ou plutôt, selon l’assertion de Perrault lui-même, « la revanche de la géographie sur l’histoire »… Perrault aime enterrer, en tout ou partie, ses architectures. Depuis la Bibliothèque nationale de France à Paris jusqu’au Musée Dobrée à Nantes, en passant par des projets non réalisés tels le Centre culturel de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne ou la bibliothèque de Kansaï au Japon, il creuse tel « une vieille taupe ». À Séoul, avec l’université féminine Ewha, il atteint l’acmé de cette pratique. Soit 70000 m2 semi-enterrés, mais entièrement éclairés par la lumière naturelle. Un sens de l’échelle invraisemblable, tant cette faille gigantesque semble n’être qu’un sillon dans ce paysage semi-bucolique. Une monumentalité inversée, sans la moindre violence, ni la moindre brutalité. Présomption de chef-d’œuvre !

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Lire les autre articles du dossier du Journal des Arts numéro 362 « Les architectes français à l’assaut du monde » :

- Les Français visent le monde

- L’herbe du voisin

- L’ami américain

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°362 du 3 février 2012, avec le titre suivant : Neuf fois ailleurs

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