DESIGN

Nacho Carbonell

Papier de soi

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 21 mai 2008

On savait les Pays-Bas grands pourvoyeurs de designers à l’écriture singulière et forte, passés notamment à travers le tamis de la célèbre Design Academy d’Eindhoven. Or le dernier à pointer le bout de son nez n’est point batave mais— espagnol pure souche : Nacho Carbonell est né à Valence, en 1980.

Il fait partie de cette fournée de « néo-Néerlandais » — les Wieki Somers, Joost van Bleiswijk & Kiki van Eijk, Joris Laarman et Maarten Baas —, des as de l’expérimentation œuvrant dans leurs ateliers à la manière d’artisans, sans délaisser pour autant la haute technologie et qui ont, en outre, parfaitement intégré le volet communication. Nacho Carbonell s’est fait connaître grâce à un siège à la fois amusant et intrigant, baptisé Pump It Up [« Gonfle-le »], projet qui lui a permis de décrocher son diplôme cum laude (avec mention), à la Design Academy donc, en janvier 2007. Ce fauteuil rempli d’air est fabriqué à partir de mousse de polyuréthane enrobée d’une couche d’élastomère qui le rend parfaitement hermétique. Outre l’assise proprement dite, celui-ci comprend cinq formes molles en latex coloré auxquelles il est relié grâce à de minces tuyaux flexibles. Lorsqu’une personne s’assoit, son poids fait s’échapper l’air emprisonné à l’intérieur de l’assise par lesdits tuyaux vers ces formes molles, lesquelles se gonflent, prenant au fur et à mesure la silhouette d’étranges animaux. Inversement, lorsque l’individu quitte son siège, le bestiaire fantastique s’étiole peu à peu pour finir telles des baudruches dégonflées, dans l’attente d’un prochain séant. Pour Nacho Carbonell, les matériaux sont source d’inspiration : « Vous ne pouvez pas les contrôler totalement, car les matériaux sont vivants, dit-il. Je leur donne juste quelques limites à l’intérieur desquelles ils évoluent librement. » Ainsi ces deux bancs d’extérieur, l’un en béton, Soft Concrete, l’autre en sable, Dream of Sand. Le premier résulte d’une simple enveloppe plastique dans laquelle a été injecté du béton. Les plis et les rondeurs de ladite enveloppe (retirée au final) lui donnent un aspect presque moelleux. La seconde assise, Dream of Sand, est une enveloppe de caoutchouc remplie de… sable. Complètement mou, ce banc se laisse façonner à l’envi, selon les situations.

Bouilloire communicante
L’an passé, Nacho Carbonell a décroché le prix Seb-150 ans. Thème du concours : redessiner un objet du petit électroménager. Le designer ibérique s’est penché sur la bouilloire et a inventé un spécimen original. L’objet, à la forme légèrement cabossée, arbore en effet sur toute sa surface des petites inscriptions « Hot » (chaud) ou « I’m Very Hot » (je suis brûlante), l’astuce consistant à faire apparaître ces mots simultanément à l’élévation progressive de la température de l’eau. « Je voulais créer une bouilloire qui communiquerait son état à travers son corps », explique Carbonell. Celle-ci est encore à l’étude avant une possible mise en production.
Présenté en avril, en off du Salon du meuble de Milan, le dernier projet de Nacho Carbonell, baptisé « Évolution », réunit trois meubles — une chaise, un banc et une double chaise. Fabriquée avec des matériaux des plus banals : du fil de fer, du grillage à poules et du papier recyclé, cette série évoque des insectes qui sortent de leur cocon. Carbonell : « Nous vivons une époque saturée d’informations qui arrivent à un rythme effréné. J’ai voulu créer un refuge où l’on peut échapper et digérer ce déluge, un lieu qui procure un moment de paix avec soi-même. » Un peu de douceur dans un monde de brutes (le Salon proprement dit) ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°282 du 23 mai 2008, avec le titre suivant : Nacho Carbonell

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