Samedi 24 février 2018

Photo

Madrid révélée

Le Journal des Arts

Le 22 juin 2010

Le festival PhotoEspaña ne cesse de prendre de l’ampleur.

MADRID - Au-delà du truisme de « L’acte photographique lié au temps », sujet de sa XIIIe édition, le festival madrilène PhotoEspaña2010 vulgarise la pensée de Xenon à Gilles Deleuze à travers des expériences de la temporalité. 

L’événement court de photogrammes méconnus de l’artiste du Bauhaus Moholy-Nagy à la « La poésie urbaine » (1936 à 1993) des rues de Harlem par Helen Levitt, des vues de l’Alhambra ou de Gibraltar au XIXe siècle revisitées par Roland Fischer ou Jordi Bernadó, aux écritures visuelles avant-gardistes nées dans le Lower Manhattan qu’incarnent dans les années 1970 Gordon Matta-Clark ou, plus récemment, Steve McQueen. 

La crudité de la mise à nu de Juergen Teller, star de la photo de mode, comme le dolorisme photographique d’extases mystiques soufies qu’exalte Isabel Muñoz viennent bousculer ces ensembles réflexifs. Ce sont là des accroches médiatiques inhabituelles pour ce festival populaire qui a attiré 693 000 visiteurs en 2009. 

Doté d’un budget avoisinant 3,4 millions d’euros, PhotoEspaña excite l’intérêt vis-à-vis d’une scène hispanique peu vue : la vidéo Tactica de Fernando Sánchez Castillo (Madrid, 1970) relit l’histoire du franquisme, la rétrospective « Amores dificiles » (1986 à 2004) rend hommage à Adriana Lestido, une figure du documentaire social argentin, « Encubrimientos » témoigne de réalités sud-américaines par les yeux de sa jeune création.

Incontournable, foisonnante, l’exposition « Manhattan, uso mixto » offre un éclaté d’esthétiques urbaines réinventées par quarante artistes plasticiens des années 1970 à nos jours dans le quartier désindustrialisé de SoHo. Les nocturnes inquiétants de Peter Hujar y côtoient la série connue « Arthur Rimbaud in New York » de David Wojnarowicz. 

Autre exposition collective phare, « Entretiempo » questionne l’instant, l’intervalle, la durée à travers les tableaux vivants de Jeff Wall, les « One Minute Sculptures » d’Erwin Wurm, la perception du mouvement qu’expérimente Steven Pippin dans une laverie tout en citant Muybridge. En illustration du propos de Walter Benjamin sur l’« inconscient visuel », l’exposition « Anatomie du mouvement » révèle la beauté fugace de formes invisibles à l’œil humain qu’a captée dans notre quotidien l’ingénieur Harold Edgerton en un millième de seconde.

PhotoEspaña2010,

Festival de photographie et arts visuels, jusqu’au 25 juillet, Madrid, Cuenca, Lisbonne, tout le programme sur www.phe.es

Commissaire général : Sérgio Mah
379 artistes de 42 pays
21 expositions de la sélection officielle ; 12 expositions invitées ; 8 expositions OpenPhoto à Cuenca par des institutions étrangères ; festival off dans les galeries

La photo a le vent en poupe.

La photo est-elle une valeur montante en Espagne ? Le 7 juin à Cáceres, à 300 km au sud-ouest de Madrid, ouvrait au public le Centre d’arts visuels-Fondation Helga de Alvear. En 1981, cette galeriste madrilène d’origine allemande faisait entrer la photo dans sa collection d’art contemporain avec une pièce de Mark Klett. Aujourd’hui, le médium représente la moitié des 2 000 œuvres qu’elle a offertes en donation à la ville.
En novembre sera inauguré à son tour le musée de la municipalité d’Alconbendas, dans la banlieue madrilène, qui montrera sa collection de photographie espagnole, prochainement élargie aux auteurs étrangers. Le futur centre d’arts visuels décidé par la Ville de Madrid attend quant à lui ses crédits. Avec le soutien du ministère de la Culture, la capitale devient le fer de lance photographique qui essaime dans les régions. Depuis 1990, une vague de crises économiques freine ce marché émergent que soutiennent six collectionneurs importants, selon Enrique Polanco, fondateur de Madridfoto. « L’Espagne rattrape son retard sur les autres pays d’Europe.
Défendre une scène espagnole qui se vend mal est la prochaine révolution à mener », annonce Alberto Anaut, président de PhotoEspaña. En 1997 s’étaient tenues six expositions de photo à Madrid. Sous l’impulsion de PhotoEspaña, de la foire ARCO et de Madridfoto, qui tiendra en 2011 sa troisième édition, plus de 150 expositions sont actuellement montrées dans les galeries et musées de la capitale, en réseau avec Barcelone ou Valence.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°328 du 25 juin 2010, avec le titre suivant : Madrid révélée

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