Dimanche 6 décembre 2020

Événementiel

L’image vidéo en haut débit

Par Julie Portier · Le Journal des Arts

Le 9 décembre 2008 - 522 mots

Cotillons numériques au Grand Palais pour la cérémonie de clôture de la saison culturelle européenne.

PARIS - La présidence française au Conseil de l’Union européenne et la saison culturelle s’achèveront dans un bain de pixels dans la nef du Grand Palais. Pour l’occasion, le ministère de la Culture et de la Communication, a souhaité, conjointement avec le ministère des Affaires étrangères, mettre à l’honneur le fleuron de la création et de l’innovation artistique en organisant, quatorze nuits durant, une grande fête populaire (et gratuite). En écho à la lettre de mission de Nicolas Sarkozy adressée à Christine Albanel le 1er août 2007, les arts numériques auront ici vocation à « conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel ».
Pour la mise en scène de cette vitrine de l’excellence, le ministère a convié Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains à Tourcoing, « Villa Médicis high-tech de l’audiovisuel », comme d’aucuns la surnomment. Son directeur, l’écrivain et artiste Alain Fleischer, fera figure de maître de cérémonie pour cette « rêverie à la Jules Verne », ainsi qu’il l’imagine : une célébration des images lumineuses, sans véritable fil conducteur, depuis l’invention des frères Lumières jusqu’aux plus récentes technologies numériques. Dans un « kaléidoscope » d’images projetées, l’immense serre, érigée en symbole de la modernité à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, se verra transfigurée du sol au plafond en un temple des rêveries virtuelles destinées à bercer le troisième millénaire. En effet, l’espace, où seront présentées les œuvres d’une centaine d’artistes venus d’Europe et au-delà, jeunes ou confirmés, devrait se révéler propice à l’enchantement, avec des vidéos hypnotiques telles que Plage (2001), de Dominique Gonzalez-Foerster, séquence mélancolique tournée à Copacabana une nuit de Nouvel An, ou encore l’Éclipse virtuelle de Laurent Grasso (2006), dispositif également visible dans le cadre d’« Antidote » aux Galeries Lafayette, à Paris.
Rejoignant les lumières de la ville pendant les fêtes de fin d’année, faut-il voir cette ode à la clarté dans la nuit comme la métaphore enthousiaste d’une Europe agrandie, laquelle s’affiche en façade avec la projection commandée à Charles Sandison (citations en lettres de lumière tirées de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne) ? Ce feu d’artifice en son et lumière autorise-t-il un second niveau de lecture, plus méditatif, sur la contamination incontrôlable de l’image médiatique dans notre quotidien ? Cette ambiguïté qui mine l’apologie du progrès s’exprime heureusement dans plusieurs vidéos, à l’exemple de Broadway by Light (1956) où William Klein filme la lumière « polluante » des enseignes de Time Square ; citons encore l’emblématique Global Groove (1973), de Nam June Paik, collage bariolé et étourdissant d’images télévisées. Le pendant réflexif à cette histoire de l’image vidéo prendra la forme d’un colloque, « Vitesses limites », conduit entre autres par le philosophe Elie During, afin d’ausculter sous un angle pluridisciplinaire notre époque du haut débit.

DANS LA NUIT, DES IMAGES, du 18 au 31 décembre, nef du Grand Palais, av. Winston-Churchill, 75008 Paris, de 17h à 1 heure du matin, entrée libre.
Colloque « Vitesses limites », le 18 décembre 14h-19h et le 19 décembre 10h-13h, auditorium du Grand Palais, www.lefresnoy.net

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°293 du 12 décembre 2008, avec le titre suivant : L’image vidéo en haut débit

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