Mercredi 24 octobre 2018

Christian de Portzamparc

L’homme de Rio

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 19 décembre 2003 - 453 mots

Il y a longtemps déjà, Lucio Cosia, l’urbaniste de Brasilia, avait imaginé le développement futur de Rio de Janeiro, au Brésil. Notamment vers le sud, au pied de la chaîne montagneuse dansante de la Tijuca. Entre la montagne et l’océan se déploie une vaste plaine de 15 kilomètres de long vaguement marécageuse.
Première structuration du site, deux grandes lignes d’autoroute se croisent à angle droit. Puis, au fil du temps, des constructions s’élèvent sporadiquement, sans ordonnancement lisible.
C’est là, à ce croisement stratégique, que Christian de Portzamparc s’apprête à édifier la Cidad Da Musica (Cité de la musique) qui sera l’élément fédérateur du nouveau quartier, son équipement majeur.
À Rio, qu’il connaît bien tant ses attaches brésiliennes, professionnelles comme personnelles, sont nombreuses, Christian de Portzamparc cède au lyrisme et à la spontanéité, à l’exubérance imaginative et à un certain baroque tropical. En résulte un projet qui mêle allégrement la légèreté et la simplicité du plan à une réelle dramatisation de la mise en scène, l’élégance plastique à la clarté linéaire.
Concrètement, la Cidad Da Musica semblera, à terme, s’élancer à la conquête du ciel, comme un vaisseau spatial jaillissant de l’océan. À moins qu’elle n’évoque tout simplement la ligne mouvante, ondulante, du massif de la Tijuca.
S’élevant donc à dix mètres au-dessus du sol et dominant un immense jardin et un majestueux plan d’eau, le bâtiment est composé d’un ensemble de grandes « feuilles » de béton pliées prenant appui au sol, se déployant, s’enroulant et ménageant de part et part des découvertes, des échappées belles… comme un gigantesque belvédère donnant sur l’océan, la plaine et la montagne. Une sculpture architecturale immense dont les flancs renferment bien des trésors : une salle philharmonique de 1 800 places transformable en salle d’opéra de 1 300 places ; une salle de musique de chambre de 500 places ; le siège de l’orchestre symphonique du Brésil ; des salles de répétition ; une médiathèque ; deux salles de cinéma de 150 places et une troisième de 300 ; un restaurant ;  des boutiques et, naturellement, des bureaux, des locaux techniques et des parkings… le tout sur une surface totale de 32 500 m2 livrable à l’horizon 2006.
Si l’expressivité, le mouvement et la symbolique du projet saisissent d’emblée, à l’intérieur, c’est la grande salle qui impressionne. Une salle cernée de tours abritant des loges qui permettent, dans la grande tradition du théâtre, de voir et d’être vu, et qui, glissant sur des rails lors de la transformation de l’espace de sa configuration philharmonique à sa version opératique, dégagent une scène à la profondeur magnifique.
Par ce nouvel ensemble, Christian de Portzamparc confirme avec éclat les liens étroits qu’il a toujours su tisser entre architecture et musique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°183 du 19 décembre 2003, avec le titre suivant : L’homme de Rio

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