Archilab

À l’heure nippone

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2006 - 696 mots

La Biennale d’architecture d’Orléans aborde enfin le champ de l’expérimentation construite.

ORLEANS - Est-ce l’âge de raison ou l’assurance pour le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Centre, producteur de la manifestation, de pouvoir enfin s’installer à son aise dans le bâtiment du site des Subsistances – qui sera réhabilité par le duo Dominique Jakob et Brendan MacFarlane – qui ont inspiré cette nouvelle inflexion ? Pour sa 7e édition, Archilab a en effet abandonné le verbiage des précédentes sessions et présente une image plus apaisée en se consacrant pleinement à l’architecture construite. Marie-Ange Brayer, directrice du FRAC, a choisi cette année de dédier la manifestation à un pays invité, le Japon. Il s’agit d’une première, et le résultat s’avère plus que convaincant. De l’architecture japonaise, le public français ne connaît bien souvent que quelques noms qui se sont illustrés dans l’Hexagone, avec plus ou moins de succès : le malheureux Tadao Ando, qui aurait dû édifier le musée Pinault sur l’île Seguin ; Shigeru Ban attelé à la construction du Centre Pompidou de Metz ou encore Toyo Ito, qui vient de livrer la reconstruction de l’hôpital Cognacq-Jay, à Paris. C’est ignorer l’incroyable vivier de jeunes architectes qui travaillent à infiltrer leurs réalisations dans les rares « dents creuses » encore disponibles dans les métropoles japonaises. Le titre de l’exposition du site des Subsistances, « Faire son nid dans la ville » – qui présente cette jeune architecture nippone par des photographies lisibles et des maquettes à l’esprit ludique –, désigne parfaitement le challenge auquel ces maîtres d’œuvre doivent répondre. La ville japonaise s’apparente en effet à un chaos urbain où prime encore la construction individuelle, et n’offre à ses jeunes architectes comme « terrains de jeu » que des parcelles – trop peu – adoptant des configurations improbables, appelées de manière imagée « hampes de drapeaux » ou « lits d’anguille ».
C’est donc au chausse-pied, tout en respectant la longue liste des règlements urbains, que ces talentueux bâtisseurs y glissent des maisons ou des petits immeubles, sur de minuscules surfaces au sol. Pour exemple, la House Tower (2006) de l’atelier Bow-Wow à Tokyo, ou la maison de la Prunelaie de Kazuyo Sejima (2003) – qui, associé à Ryue Nishizawa au sein de l’agence Sanaa, construit l’antenne lensoise du Louvre. La House Tower propose à ses occupants seize pièces, pour une surface au sol de 37 m2. Autant dire que dans ce contexte, le recours à l’architecte et à l’ingénieur-structure relève d’un passage obligé. Si l’inventivité prime et apporte des réponses formelles et fonctionnelles diverses, la plupart de ces réalisations relèvent d’une grande capacité d’adaptation aux emprises existantes, d’un goût pour les intérieurs modulables et surtout d’une porosité entre intérieurs et espaces urbains. En témoigne l’Engawa House (Tokyo, 2003) de Takaharu et Yui Tezuka, dont la partie basse de la façade s’ouvre entièrement grâce à des cloisons amovibles. Il faut par ailleurs noter que ces efforts sont fournis pour des maisons conçues pour une durée de vie trentenaire ! C’est dire l’immensité du fossé culturel qui existe, en matière d’architecture, avec la tradition européenne.
Deux autres expositions orléanaises rendent par ailleurs hommage à des figures de l’architecture nipponne. Au FRAC, Toyo Ito, amateur de métaphores inspirées de la nature, appréciera sans doute la sobre présentation de quelques-unes des constructions qui ont fait sa notoriété, dont la bibliothèque de Sendai (2001). Le carré Saint-Vincent propose lui de découvrir le travail de Kengo Kuma, amateur d’expérimentations mettant en œuvre les matériaux les plus inattendus (bambou, papier, adobe ou vinyle), dont le visiteur pourra apprécier les qualités tactiles, chose exceptionnelle dans une exposition d’architecture.

- ARCHILAB. FAIRE SON NID DANS LA VILLE, jusqu’au 23 décembre, site des Subsistances militaires, 88, rue du Colombier, 45000 Orléans, tél. 02 38 53 06 16, www.archi lab.org, tlj sf lundi 11h-19h, jeudi et samedi jusqu’à 20h. Cat. éd. HYX, 291 p., 45 euros, ISBN 2-910385-46-9 - TOYO ITO, L’ARCHITECTURE COMME PROCESSUS, FRAC Centre, 12, rue de la Tour-Neuve, 45000 Orléans, tél. 02 38 62 52 00, www.frac-centre.asso.fr., tlj 10h-13h, 14h-18h, samedi et dimanche 11h-18h. - KENGO KUMA, carré Saint-Vincent, bd Aristide-Briant, 45000 Orléans, tél. 02 38 62 47 30, tlj sf lundi 13h-19h.

Archilab

- Directrice artistique : Marie-Ange Brayer, directrice du FRAC Centre - Commissaires associés : Mariko Terada, architecte et critique d’architecture, et Akira Suzuki, critique d’architecture - Scénographie : Laurence Fontaine

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°246 du 3 novembre 2006, avec le titre suivant : À l’heure nippone

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