Photographie

Les feux sous la glace

Par Anaïd Demir · Le Journal des Arts

Le 29 avril 2005

La 4e édition du Festival international de Moscou célèbre « La mode et le style dans
la photographie » dans une rencontre entre images d’hier et d’aujourd’hui.

MOSCOU  - 15°C. Et, pourtant, il n’y a sans doute que dans la capitale russe que les belles n’hésitent pas à onduler en talons aiguille dans la neige. Une question de style… qui s’étend jusque dans les vernissages où les tenues des élégantes rivalisent de chic et de beauté. Quoi de plus naturel quand on sait que le régime communiste a, des années durant, condamné toute coquetterie vestimentaire et privilégié les tons passe-muraille ? Depuis la fin du Rideau de fer, la Russie s’est dotée de plusieurs magazines de mode et les grandes enseignes du luxe ont ouvert boutique au cœur de la capitale. La publicité a de plus envahi les façades, souvent de manière outrancière.
Pour sa 4e édition, le Festival international de Moscou aborde tout simplement « La mode et le style dans la photographie », d’abord par le biais du cinéma. Environ quatre-vingts expositions participent à l’événement dirigé par Olga Sviblova, commissaire générale de la biennale et directrice de la Maison de la photographie de Moscou. Cette dernière institution propose de retrouver les célébrités du passé,
à l’exemple des stars de cinéma capturées sur les lieux de tournage par Raymond Voinquel ou Angelo Frontini. L’Américain Edward Steichen a, lui, œuvré pour Vanity Fair et livre les portraits hollywoodiens des années 1920-1930 : Harold Lloyd, Louise Brooks, Greta Garbo… Plus loin, le visiteur est invité à parcourir les pages de Vogue dès les années 1930 grâce à l’Allemand Horst P. Horst : des portraits de stylistes, comme son amie Coco Chanel, mais aussi des personnages de grande allure tels que Jackie Kennedy ou Dalí… qui ravivent l’élégance épurée et végétale des années 1930. Parallèlement, une rétrospective du travail de Marc Riboud permet de suivre un grand voyageur qui a ramené des clichés du monde entier.

Outil sociologique
Un plongeon dans l’histoire russe est proposé au Musée d’art contemporain de Moscou par le biais du style vestimentaire de l’entourage de Rodchenko dans les années 1920. Les cultures populaires et le kitsch s’expriment à travers des photographies de cartes postales hautes en couleur et des collages, ou les clichés de Katya et Kolia destinés à éduquer les jeunesses soviétiques dans les années 1960. Du côté des artistes contemporains figurent les clichés du bonheur des temps passés, pique-niques, sorties à vélo et autres images de patineurs, revus en 2000 par Valeri Katsouba. Maslov et Kouznetsov recomposent de leur côté l’imagerie érotique de Saint-Pétersbourg. Alexander Orlov s’attache aux instants de quiétude, alors que Riabushko revient en petit format sur des liens de sang. Un lieu plus expérimental, « La Fabrica », rend compte de la vivacité actuelle. L’accent est mis sur la photographie de mode avec une certaine vision du glamour par Gleb Kosorukov ou de Liza Semionova. À partir d’un simple croissant de lune, Léonid Tishkov nous mène dans l’onirique et l’enchantement. Mais que serait la vision de la mode russe si l’on ne revenait pas un minimum sur l’impact chic de l’uniforme ? C’est ce que proposent les images de Serguey Sonin, Léna et Véra Samarodova. Au Goum, la galerie marchande à deux pas de la place Rouge, les magazines ont extrait leurs meilleures séries de mode : Antonov et ses peaux noires sur fond noir qui présentent des pierreries et autres bijoux, Vadim Churano qui mêle la tradition à l’actualité avec ses babouchkas posant devant leur isba. « Jeux et simulacres », l’exposition du Fonds national d’art contemporain français (FNAC), présente des images de Pierre et Gilles, le Michael Jackson par Valérie Belin ou une militaire par Inez van Lansweerde… L’histoire photographique des calendriers Pirelli nous laisse croiser les canons de beauté des années 1960 à nos jours, à travers Avedon, Bruce Weber ou Nick Knight…. Dans l’autre espace du Musée d’art contemporain sont présentées des expositions personnelles d’artistes internationalement reconnus comme Miwa Yanagi et ses hôtesses japonaises en uniforme, Alain Fleischer, Joel-Peter Witkin, Erwin Olaf… À travers les étages s’y mèlent les photographies de jeunes artistes russes comme Vladislav Mamychev-Monroe, qui rejoue des séquences cinématographiques connues dans lesquelles apparaissent Chaplin ou Marilyn Monroe.
Si la mode est un outil sociologique et un moyen d’expression universel, elle offre un voyage à travers les mentalités mondiales, aussi bien contemporaines qu’historiques. Mais à Moscou, aussi, entre magasins Vuitton et magazines importés de France et d’ailleurs, les dangers de la globalisation guettent.

FESTIVAL INTERNATIONAL DE MOSCOU 2005 / « La mode et le style dans la photographie», jusqu’au 30 avril, divers lieux.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°214 du 29 avril 2005, avec le titre suivant : Les feux sous la glace

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