Les émergents

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 22 janvier 2015 - 845 mots

Claire Chesnier 
Née en 1986, Galerie du jour agnès.b, Paris
Quelque chose de mystérieux est à l’œuvre dans le travail de Claire Chesnier, qui tient à ce que ses peintures offrent à voir de subtiles étendues monochromes qui jouent d’effets de matière, de lumière et de valeur entre épiphanie et disparition. La couleur est contenue à l’intérieur de grandes surfaces aux formes polyédriques qui se découpent en suspens sur le fond immaculé du support qu’elle utilise. Aussi le regard ne peut-il s’échapper au-delà et est-il invité à se concentrer sur l’objet peint. C’est à l’expérience d’une intensité et d’une profondeur que la peinture, ici, convie le regardeur.
« Avec et sans peinture, Parcours #6 », avec Claire Chesnier, jusqu’au 14 février 2015, Mac/Val, place de la Libération, Vitry-sur-Seine (94), www.macval.fr
www.clairechesnier.com

Jérémy Liron
Né en 1980. Galerie Isabelle Gounod, Paris
Agrégé d’arts plastiques, Jérémy Liron peint aussi bien qu’il écrit, signant régulièrement des catalogues d’exposition. De manière obstinée, ce jeune plasticien représente des architectures désertées, focalisant dans ses paysages périurbains tant sur des HLM que sur des villas balnéaires. Ses huiles sur toile, au format toujours carré, partent des constructions périphériques des villes pour aller à la rencontre de la mémoire visuelle du spectateur. Le jeu savant des compositions et du traitement pictural (dégoulinures, strates successives, affirmation du non-fini…) convoque l’histoire de l’art : de l’espace perspectiviste de la Renaissance à Le Corbusier via l’abstraction géométrique.
« Plasticity », expo collective avec Jérémy Liron, jusqu’au 15 février 2015, Hospice d’Havré, 100, rue de Tournai, Tourcoing (59)
www.lironjeremy.com

Mathieu Cherkit 
Né en 1982. Galerie Jean Brolly, Paris
Comme une visite de la maison où il habite : la peinture de Mathieu Cherkit déroule sous nos yeux l’intérieur qui est le sien et qu’il partage en famille. On passe ainsi d’une pièce à l’autre sans jamais y croiser quelqu’un. Pourtant le monde que l’on découvre est bel et bien vivant, mais, à force d’y plonger le regard, un trouble s’installe : le peintre nous livre-t-il son univers personnel tel quel ou en orchestre-t-il une mise en scène, comme peuvent le laisser penser certains indices ? C’est précisément dans cet interstice que tout se joue et que la peinture y gagne son questionnement.
www.mathieu-cherkit.com

Amélie Bertrand 
Née en 1985. Semiose galerie – éditions, Paris
Avant toute chose, elle commence par surfer sur Internet pour y capter tout un monde d’images
à partir desquelles elle travaille, les détourant à destination d’une composition qui viendra prendre forme sur la toile. Amélie Bertrand, qui ne dessine jamais, opère à la façon d’un architecte qui élabore ses maquettes à l’aide d’éléments modulaires lentement assemblés. Si l’idée de décor s’impose au premier vu de ses peintures, il y va en réalité d’« espèces d’espaces » poétiques, voire métaphysiques, dont les couleurs par-delà la froideur de leur application participent
à une forme de ré-enchantement.
www.semiose.fr

Eva Nielsen  
Née en 1983. Galerie Dominique Fiat, Paris
Après avoir figuré parmi les félicités des Beaux-Arts de Paris en 2009, la peintre franco-danoise a remporté le prix Art Collector en 2014 ; plusieurs de ses toiles sont depuis entrées dans les collections du Mac/Val et du Cnap. Mêlant peinture, photographie et sérigraphie, Eva Nielsen représente des architectures solitaires, comme déclassées (barres d’immeubles, terrains vagues, espaces sans fonction…), qui se souviennent aussi bien d’Hubert Robert que des Becher. Son geste, à la fois pictural et mécanique (elle se sert d’imprimantes qui laissent des traces aléatoires), aboutit à des ruines modernistes qui semblent affirmer l’esthétique anxiogène d’un monde désenchanté.« Avec et sans peinture, Parcours #6 », avec Eva Nielsen, jusqu’au 14 février 2015, Mac/Val, place de la Libération, Vitry-sur-Seine (94), www.macval.fr
www.eva-nielsen.com

Thomas Lévy-Lasne 
Né en 1980. Galerie Isabelle Gounod, Paris
Issu des Beaux-Arts de Paris, Thomas Lévy-Lasne, qui vit et travaille à Paris, dessine et peint le quotidien dans ce qu’il a de plus banal. Souvent, il montre des fêtes, ou des lendemains de fêtes, s’attardant à représenter avec force détails une chevelure féminine, une scène de fellation, une bouteille de champagne en gros plan ou encore une platine de DJ. Même si elles s’inscrivent pleinement dans le réalisme, ses œuvres, qui s’apparentent à première vue à de simples images « passées en peinture », n’en restent pas qu’à un vulgaire illusionnisme documentaire : Lévy-Lasne cherche, par la capacité de la peinture, à reconstituer et à incarner le réel, à faire glisser cette quotidienneté vers l’intemporel et l’universel, qu’elle mérite.
www.thomaslevylasne.com

Marc Molk 
Né en 1972, Sans galerie
Cela pourrait passer pour un truisme, mais Marc Molk tient à affirmer un amour sans limite pour la peinture. Tout à la fois peintre et écrivain, il développe une œuvre où se mêlent fiction, critique et autobiographie en un tout mettant en forme plusieurs états de la peinture. S’il dit revendiquer « la raison sentimentale », c’est qu’il ne conçoit pas l’exercice de la peinture sans une implication subjective qui le conduit à peindre un tableau à l’attention d’une personne précise. Alors que son art fait le constat de La disparition du monde réel – titre de l’un de ses ouvrages –, il ne nous en met pas moins Plein la vue – son autre et dernier titre.
www.marcmolk.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°676 du 1 février 2015, avec le titre suivant : Les émergents

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