ARCHITECTURE

Le Zénith de Strasbourg

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 13 février 2008

Le 23 janvier, le tout nouveau Zénith de Strasbourg était inauguré avec un concert donné par Les Enfoirés au profit des Restos du cœur, fondés en 1985 par Coluche.

Il est, parfois, des rencontres qui relèvent de l’imparable : personnage baroque s’il en fut que Coluche, architecte baroque s’il en est que Massimiliano Fuksas.
En 2008, Fuksas livre donc, vingt-quatre ans après leur création par Jack Lang et l’inauguration du tout premier d’entre eux signé Chaix et Morel au parc de la Villette à Paris, le plus grand, le plus imposant des Zénith. Une vaste ellipse, comme animée d’une torsion continue, de couleur orange, d’une surface utile de 10 000 m2 et qui peut accueillir jusqu’à 10 000 spectateurs assis-debout (7 800 en configuration « tout assis »). Un socle de béton, une armature métallique représentant 2 400 tonnes d’acier, 12 000 m2 de toile translucide en fibre de verre et silicone, les chiffres sont impressionnants pour cette ellipse de 400 mètres de circonférence réalisée en à peine dix-huit mois de chantier, pour la somme de 48 millions d’euros abondés par la communauté urbaine de Strasbourg.
Une sorte de mégalithe gigantesque qui marque avec force l’entrée ouest de Strasbourg et dont on ne sait s’il s’agit d’une soucoupe volante échouée là ou d’une monumentale œuvre de land art. D’autant qu’à la tombée de la nuit, la toile translucide soudain éclairée de l’intérieur confère à l’ensemble des vertus d’objet volant non identifié.
« C’est vrai, confie Massimiliano Fuksas, que l’on peut voir dans cet objet comme un hommage au land art. Je pense même qu’il pourrait plaire à Christo. Mais j’y vois plus encore, à le considérer aujourd’hui, une célébration du quarantième anniversaire de Mai-68. Non pas des événements, mais plutôt de ce jaillissement conceptuel qui animait, à l’époque, tant de groupes d’architectes du monde occidental. De Florence à Londres, de Paris à New York, on imaginait des structures étranges qui devaient briser la rigueur et l’orthogonalité sèches de la modernité ambiante. Nous les imaginions mais ne pouvions les réaliser. Aujourd’hui, matières, techniques et technologies conjuguées, nous le pouvons. Dont acte ! »
Hommage aux années-révolte sans doute, mais, plutôt qu’à Archizoom et Archigram, à Superstudio et Haus-Rucker-Co, plutôt qu’à 1968, c’est à Rome (la ville de Fuksas) et à l’an 1600 que nous entraîne ce Zénith strasbourgeois. Au moment même où s’invente, se met en forme le baroque. La Renaissance avait fait ses délices de ces formes parfaites que sont le carré, le cercle et le triangle, formes reprises, à l’instar du Bauhaus, par l’ensemble des mouvements avant-gardistes et modernistes du XXe siècle. Le baroque lui, se saisira, pour mieux signifier l’infinité du monde, de l’ovale et de l’ellipse, avec leurs effets d’enroulement et de balancement, permettant des compositions spatiales dont la volupté évoque à l’évidence le modèle d’un visage, ou encore, un gracieux déhanchement. La splendeur baroque est celle de la présence, de l’intensité, de l’exaltation.
Tumulte, profusion, mouvement, théâtralité, jeux de symétrie et d’asymétrie, tout est réuni, ici, pour faire de ce lieu dédié à la musique et à la contemporanéité un aboutissement baroque.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°275 du 15 février 2008, avec le titre suivant : Le Zénith de Strasbourg

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