Dimanche 22 juillet 2018

Le prix Cube à la croisée des technologies

Par Stéphanie Lemoine · L'ŒIL

Le 22 mars 2016 - 490 mots

PRIX CUBE - Qui seront les grands artistes de 2050 ? Comment mobiliseront-ils les technologies qui façonnent le monde contemporain ?

C’est l’un des objets du prix Cube, organisé pour la troisième année consécutive par le centre d’art du même nom à Issy-les-Moulineaux, que d’esquisser quelques réponses à ces questions. Internationale, la récompense est en effet décernée à une œuvre d’art numérique de moins de deux ans créée par un(e) artiste de 36 ans tout au plus – façon de repérer les tendances émergentes et les signaux faibles qui travaillent la société comme le champ esthétique, mais aussi d’identifier au sein des jeunes créateurs ceux qui mobilisent ces enjeux avec le plus de pertinence.  En 2014, le prix avait été décerné à Post Code du Russe Dmitry Morozov. Ce dispositif interactif proposant d’altérer le code-barres de n’importe quel produit manufacturé pour le transformer en carte postale abstraite soulignait avec ironie le potentiel esthétique et subversif du glitch. Quant à la promotion 2016, elle semble revenir au credo de l’année 2013, qui avait vu couronner Microscopic Opera de Matthijs Munnik. Soit une pièce musicale aléatoire et abstraite, composée et interprétée en temps réel à grand renfort de capteurs, de caméras et de microscopes par un ensemble de vers minuscules C. elegans.

L’hybridation des différents champs scientifiques ou technologiques et leur mobilisation à des fins créatives (et souvent démiurgiques) sont en effet au cœur de la plupart des six propositions sélectionnées cette année. C’est notamment le cas de Big Dipper de l’Australien Michael Candy : cette œuvre cinétique créée en 2015 conjugue biomimétisme et robotique et donne forme à une créature hypnotique flottant au-dessus du sol, sorte d’oiseau intergalactique (d’où son nom de Big Dipper, « la Grande Ourse ») dont les ailes sont composées de tubes néon. De son côté, l’artiste et réalisateur français Barthélemy Antoine-Lœff s’emploie à recréer dans Ljós, installation immersive et générative de 2014, le mystère et la beauté d’une aurore boréale. Soucieux d’étendre les technologies de la communication à tout le vivant, les Slovènes Sasa Spacal, Mirjan Svagelj et Anil Podgornik proposent dans MyConnect (2013) de relier physiologiquement et sensoriellement, via un caisson lumineux, deux formes de vie jusqu’alors dénuées d’interrelations : êtres humains et mycéliums. Enfin, dans Surveillance (2014), les Chinois I&C scrutent avec humour les mouvements dans un aquarium des poissons Sharky et George, et font de leur activité le prétexte à une succession de SMS où se reflètent la culture du flux et l’instantanéité propres à l’ère digitale.

Dans cet ensemble, Déjà entendu du Suisse Lukas Truniger dissone : cette installation générative de 2015 s’inspire du mythe de Faust et reproduit textes et mélodies d’opéras en sons et lumières sur cent deux écrans et haut-parleurs dans une œuvre musicale et hypnotique qui questionne la structure du langage et les mécanismes de la perception. Comme les cinq autres propositions nominées cette année, elle sera visible du 13 au 17 avril à l’Espace Saint-Sauveur à Issy-les-Moulineaux.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Le prix Cube à la croisée des technologies

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