Françoise Raynaud

Le pavillon chinois de la Coupe de l’America

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 28 avril 2006

Ceux qui connaissent la trajectoire de l’architecte Françoise Raynaud savent sa maîtrise des grands projets. Chez Jean Nouvel, où elle a passé l’essentiel de sa jeune carrière, elle a ainsi été en charge de quelques-uns des projets parmi les plus emblématiques de l’agence. Entre autres : l’Opéra de Lyon, la Tour sans fins à la Défense, le Grand Stade à Saint-Denis, la tour Dentsu à Tokyo, le Musée du quai Branly à Paris…
Indépendante depuis peu, elle développe dorénavant des projets non pas à l’opposé de ce qui fit sa réputation, mais de nature différente. Au monumental succède la légèreté, à l’affirmé le comme esquissé… En témoigne par exemple l’immense et aérienne canopée qu’elle a imaginée pour l’entrée de Cannes, une gigantesque nappe textile se mêlant à une résille métallique et constellée de diodes, et dont on ne sait encore si elle emportera les suffrages d’un jury qui tarde à se réunir.
En atteste encore l’étonnante construction qu’elle livre actuellement à Valence (Espagne) pour la China Team, l’un des challengers de la 32e Coupe de l’America, dont les épreuves éliminatoires (les Louis Vuitton Acts) débuteront cet été.
La lutte fut tendue entre différentes villes portuaires pour accueillir, pour la première fois en Europe, la Coupe de l’America. Au grand regret de Marseille, notamment, c’est la troisième plus grande ville d’Espagne, avec ses 4,5 millions d’habitants et, surtout, ses conditions de navigation régulières et stables (permettant de donner les départs de course à l’heure prévue), qui l’a emporté.
Valence a donc aménagé le bassin intérieur de son port de commerce pour le mettre à la disposition des douze équipes concurrentes. Situation inédite dans l’histoire de la Coupe de l’America, qui remonte à 1851, un « syndicat », représentant le Qingdao International Yacht Club, bat pavillon chinois. Mais ce syndicat est né d’une intéressante association entre la volonté chinoise d’investir tous les terrains d’aventure sportive et l’équipage de l’ex-Défi français. La China Team bénéficie ainsi d’un équipage français, augmenté de trois marins chinois dûment formés pour la circonstance.
Autre présence française, celle de Françoise Raynaud, qui a conçu, pour abriter la China Team sur le quai du port de Valence, une structure d’une simplicité et d’une justesse réjouissantes. Une structure métallique de type échafaudage, d’énormes conteneurs maritimes pour accueillir les services (ateliers, cuisine, vestiaires…), le tout tendu de toiles en guise de façades. Résultat : un cube de 35 x 35 m entièrement transparent et chapeauté d’une terrasse accessible au public, depuis laquelle le bassin, les quais, les bateaux et l’agitation propre à la Coupe de l’America sont à contempler dans les meilleures conditions possibles.
En outre, la transparence des façades textiles permet au public de découvrir, depuis l’extérieur, l’activité des trois ateliers que recèle le bâtiment, et qui sont dévolus à la coque, au mât et à la voilerie. Outre la performance technique, économique et publique que représente la prestation de Françoise Raynaud, sa réalité ludique et poétique est d’une réelle intensité. Cube immatériel le jour, la base nautique de la China Team se transmue, la nuit, en un gigantesque fanal à l’échelle urbaine. Un non moins gigantesque « dragon » en toile rouge, et évoquant des milliers de cerfs-volants, lui confère une indéniable et légère poésie. Formes et couleurs accentuant le caractère chinois de l’ensemble. Un caractère que, les soirs de fête, de magiques feux d’artifice ne feront que renforcer.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°236 du 28 avril 2006, avec le titre suivant : Le pavillon chinois de la Coupe de l’America

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