Chantier

Le Grand stade de Bordeaux tisse sa toile

Par Sophie Trelcat · Le Journal des Arts

Le 30 septembre 2014 - 798 mots

Livrable au printemps 2015, le nouveau stade de Bordeaux conçu par l’agence Herzog & de Meuron, affiche avec sa monumentale délicatesse une expression architecturale inédite.

BORDEAUX - Après Lille, Marseille et encore Nice, c’est au tour de Bordeaux de se doter d’un grand complexe sportif multifonctionnel. Inscrit dans le redéploiement du quartier « vert » du lac, il remplacera le vieux stade Chaban-Delmas aujourd’hui obsolète. À même d’accueillir, outre les matchs de football ou de rugby, des concerts, séminaires ou autres événements publics, ce type de programme est devenu, après la vague des musées, représentatif du dynamisme compétitif intervilles. La cité bordelaise, très au fait du phénomène de l’image de marque architecturale a saisi depuis longtemps l’intérêt d’investir dans des projets de qualité et de solliciter pour ses redéploiements urbains actuels les concepteurs les plus intéressants de la profession, connus ou en phase de l’être (Robbrecht et Daem, Rem Koolhaas, TANK, Youssef Tohmé…).

C’est donc à l’atelier Suisse Herzog & de Meuron qu’a été confié l’équipement à l’issue d’un concours remporté en 2010 et dans le cadre d’un partenariat public privé (PPP) noué avec la Ville : la société Stade Bordeaux Atlantique (SBA) regroupant les groupes Vinci concession et Fayat construction est en charge de l’édification, puis de l’exploitation commerciale du stade pendant trente ans. En contrepartie, le club des Girondins versera à la ville un loyer annuel de 3,85 millions d’euros. Ce mode de financement désormais incontournable en période de disette des finances publiques est souvent critiqué en raison du risque de mainmise du constructeur sur le travail des architectes. Ce point était évacué avec le choix des architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron réputés pour leur pugnacité et leur savoir-faire probant en matière de stade à travers la réalisation des célèbres Nid d’oiseau de Pékin ou l’Allianz Arena de Munich. À Bordeaux, l’ambition de l’agence est « de proposer un objet architectural où la plus haute qualité fonctionnelle est doublée d’une identité propre et unique ».

Une enceinte aérienne
Promesse tenue, sans conteste : rectangulaire, monumental et compact, le stade uniformément blanc surprend par sa saisissante impression de légèreté malgré un poids énorme. Cette évanescence est apportée par la structure du stade faite de 660 colonnes (porteuses ou techniques) très fines et le ceinturant en totalité. Une solution à même de questionner à nouveau le statut de l’ossature des bâtiments, de moins en moins masquée par les enveloppes et faisant ainsi office d’ornements. Les trois premiers niveaux, abritant vestiaires, salons, salles de presse, loges et tribunes basses, forment un socle comprenant les emmarchements d’accès dans le stade. Ces derniers mènent à une coursive serpentant tout autour du bâti et contenant buvettes et sanitaires. Libre et ouverte, cette promenade préserve de manière unique des vues tant sur l’extérieur que sur le terrain central. En partie supérieure, on trouve la tribune haute dont la sous face avec ses emmarchements inversés fait écho au soubassement. La qualité d’ensemble se joue sur de multiples et infinis détails : par exemple, l’habillage du ruban est fait de tôle blanche dont les toutes petites ondulations effacent le relief de la matière vue de loin, conférant ainsi à l’édifice un degré d’abstraction rarement atteint. La simplicité formelle et la logique d’implantation facilitent également une grande clarté dans les accès et les parcours. Fonctionnalité et identité sont d’ores et déjà probantes, la réunion de ces deux critères conférant au projet selon les architectes « une dimension émotionnelle propre à l’appropriation par le public, et indissociable de la tradition de spectacle sportif du stade ».  

Grand stade de Bordeaux

Coût total : 183 M€
Financement : État, Ville, CUB, Région pour 75 M€ et Emprunt du partenaire privé pour 118 M€
Nombre de sièges : 42 000 places couvertes
Paysage : Michel Desvignes

L’homme et l’espace public

« Ce sont les imprévus qui font que l’individu est libre et existant », ainsi s’exprimait l’architecte libanais Youssef Tohmé lors de l’ouverture d’«Espace public (Limites) », exposition phare de la 6e Biennale d’architecture, urbanisme et design de Bordeaux. Sa démarche était pour le moins iconoclaste : pas un seul projet d’aménagement urbain n’était présenté. S’y côtoyaient un ensemble de dix films (scénarisés par Karine Dana et présentés selon une scénographie de Petra Blaisse) : dix-sept entretiens, six portraits de villes et un grand écran, baptisé le mur de résistance, diffusant un montage d’événements variés, de ceux, dramatiques de la place Tahrir en Égypte à l’hilarante pratique sauvage du golf en ville. Alors que la relation entre espace individuel et collectif est réinterrogée, notamment à cause des réseaux sociaux, l’espace public des villes exige de l’être également. Une question saisie pour Agora où se tissait en filigrane l’idée que, quel que soit le lieu, l’humain reprend toujours le dessus. Une trace de l’événement sous forme de livre est en préparation.

Légende photo

Herzog & de Meuron, le nouveau Stade de Bordeaux, image de synthèse. © Herzog & de Meuron.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°420 du 3 octobre 2014, avec le titre suivant : Le Grand stade de Bordeaux tisse sa toile

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