Objets

Le design expliqué au profane

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2010 - 582 mots

Au Centre Pompidou, Patrick Jouin dresse son autoportrait en designer industriel.

PARIS - Après deux mastodontes du design planétaire – Philippe Starck en 2003, Ron Arad en 2008 –, le Centre Pompidou, à Paris, expose aujourd’hui l’un des protagonistes de la scène française actuelle : Patrick Jouin, 42 ans, auteur, entre autres, à Paris, des nouvelles toilettes publiques et du dispositif pour les bicyclettes en libre-service Vélib’.

Auteur aussi, à travers le monde, de l’aménagement d’une multitude de restaurants siglés Alain Ducasse, parmi lesquels le prestigieux Jules Verne logé dans la tour Eiffel. « Pourquoi lui ? », serait-on légitimement tenté de s’interroger. La réponse à cette question ne se trouve malheureusement pas dans cette exposition intitulée « La substance du design », laquelle décortique une vingtaine de projets issus de l’agence que Patrick Jouin a fondée à Paris, en 1999.

La scénographie se compose de trois volets. D’un côté, une ribambelle d’objets sont disposés dans des vitrines ou sur un vaste podium. De l’autre, une reproduction en trompe l’œil de l’atelier du designer retranscrit le lieu de l’élaboration des produits. Au centre enfin, sur un écran géant, est projeté un film qui raconte la genèse de sept projets : l’applique Mercure, la lampe Nightcove, les couverts Zermatt, la casserole Pasta Pot, le fauteuil Jules Verne, la sanisette de Paris et le tabouret One Shot.

Didactisme
On comprend rapidement le mot d’ordre de cette exposition : « Pé-da-go-gie ! ». D’abord montrer, au visiteur, la phase de recherche (à travers esquisses, maquettes, échantillons de matériaux et autres prototypes) ; évoquer ensuite, grâce à l’image, le stade de la fabrication et l’entrée en scène des différents intervenants ; dévoiler enfin physiquement le résultat, en l’occurrence : le produit fini. Nous sommes décidément à mille lieues des deux expositions citées plus haut : Starck et Arad (1).

En 2003, Philippe Starck avait choisi de ne montrer aucun objet, voire de jouer quelque peu à l’artiste maudit. Ron Arad a opté en 2008 pour la posture inverse : tout montrer, en vrac, sans explications, se rêvant en sculpteur de génie. Or, dans les deux cas, le résultat fut identique : une vacuité et une incompréhension totales !

Cette volonté de Patrick Jouin de se montrer didactique ne peut donc qu’être saluée. Elle se cristallise dans le film, signé par le réalisateur Alain Fleischer, et qui constitue à n’en point douter le volet essentiel de l’exposition. D’ailleurs, le designer s’y met lui-même en scène et c’est plutôt courageux. Objectif : décrypter divers processus de design, ce que Jouin appelle les « Making-of ».

La démonstration souffre toutefois de deux écueils : le designer n’apparaît pas très à l’aise à l’écran dans son costume de gentil animateur, mais surtout, la vision qu’il donne du design est par trop angélique, si bien que le film a tendance à virer au clip promotionnel pour l’industrie. Dommage ! Sans doute est-ce là la limite de l’exercice.

Reste que, à la sempiternelle question « comment exposer le design ? », Patrick Jouin apporte une réponse : il éclaire le contexte et les enjeux du design dit « industriel » et replace le créateur au centre d’un réseau complexe mêlant histoire, technique et économie. L’effort est louable.

Patrick Jouin, LA SUBSTANCE DU DESIGN, jusqu’au 24 mai, Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, 75004 Paris, tél. 01 44 78 12 33, tlj sauf mardi et 1er mai 11h-21h. Mercredi 5 mai, à 19 h 30, petite salle : conférence de Patrick Jouin et son associé, l’architecte Sanjit Manku.

(1) lire les JdA no 168, 4 avril 2003, p. 10, et no 301, 17 avril 2009, p. 32.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°322 du 2 avril 2010, avec le titre suivant : Le design expliqué au profane

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