Vendredi 23 février 2018

Afrique

Le Bénin, nouvel acteur culturel

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 22 juin 2010

Une première initiative, réussie, tente de fédérer la création contemporaine béninoise et de lui offrir un début de visibilité.

COTONOU (BÉNIN) - Repliée dans un pays au tourisme marginal, où n’existe nulle structure publique spécifiquement dédiée à l’art contemporain, la création artistique béninoise, pourtant foisonnante, ne dispose que de très peu de relais afin d’assurer sa visibilité, à l’intérieur comme à l’extérieur. Et si un Georges Adéagbo – qui avec le curateur Stephan Köhler a conçu dans leur magnifique atelier-résidence d’artistes un accrochage mêlant George Osodi, William Kentridge ou Roman Opalka –, a déjà eu les honneurs de la Biennale de Venise en 1999 et de la Documenta de Cassel en 2002, il fait en son pays figure d’exception.

Profitant des célébrations du Cinquantenaire des indépendances africaines, le dynamique ministre de la Culture, Galiou D. Soglo, convaincu qu’il est possible de s’appuyer sur la culture comme outil de développement, est à l’origine d’une initiative destinée à fédérer les énergies existantes et tenter d’amorcer un mouvement de (re)connaissance de la création locale. Une initiative pour la réalisation de laquelle il a trouvé en l’agence CulturesFrance et en l’ambassade de France au Bénin des partenaires logistiques et financiers. 

Volonté collective 
Répartie sur quatre villes – Cotonou, Porto-Novo, Abomey et Ouidah – et déployée en une quinzaine d’événements, la manifestation « Regard Bénin 1.0 » permet de s’immerger dans la vitalité de la création béninoise. L’opération « Waba. Portes ouvertes sur les ateliers d’artistes », organisée du 5 au 10 juin par l’association Elowa, en a témoigné, qui a permis au public, informé il est vrai, d’entrer chez une soixantaine de plasticiens à Cotonou et à Porto-Novo. Le tout s’accompagnant de la publication d’un très utile catalogue recensant leur travail avec pour chacun d’eux un texte et plusieurs reproductions d’œuvres : une première dans le pays, à une telle échelle.

Tous les opérateurs du Bénin se sont joints à la manœuvre, démontrant là encore la nécessité de faire corps afin de désenclaver la scène artistique. Ainsi l’association Laboratorio proposait-elle deux expositions des peintures et sculptures de Zinkpè, l’un des artistes béninois les plus en vue du moment, dans les locaux de la Société générale de banques au Bénin, à Cotonou, mais aussi dans des salles du Musée historique sis dans le palais royal d’Abomey. La maire de la ville a bien saisi le potentiel de ce type d’actions, qui lors de l’inauguration appelait de ses vœux la pérennisation de la présence de l’art contemporain en ces lieux ! À Porto-Novo, capitale administrative du pays, le joli centre culturel Ouadada, fondé en décembre 2008 par un jeune couple, Hélène et Gérard Bassale, accueille avec « Danseurs d’Afrique. Visages d’Afrique » les beaux portraits noir et blanc du photographe français Antoine Tempé.

À Cotonou, l’espace Tchif, du nom de l’artiste qui en est le créateur, fait lui aussi montre d’une pluridisciplinarité d’actions avec un espace en plein air dévolu au théâtre et aux projections, et une salle d’expositions qui, pour l’occasion, accueille un accrochage sur le thème du football. Le centre culturel vient de se voir doté par l’ambassade de France d’un espace multimédia dont l’ambition est de bâtir des programmes de formation artistique à distance, grâce à des interfaces dont les contenus pourraient être conçus en partenariat avec des universités françaises, l’université de Provence en particulier.

Plus assise dans le paysage, la Fondation Zinsou – belle initiative privée qui vient de fêter ses 5 ans – et le centre culturel français sont installés tels des points de rassemblement devenus incontournables, et donnent respectivement à voir un hommage à Malick Sidibé et une grande installation du sculpteur Aston évoquant un bateau négrier. Un thème que l’on retrouve traité à la Médiathèque des diasporas dans la belle suite de tentures du Français d’origine togolaise William Wilson, qui a réutilisé la technique traditionnelle du tissu appliqué.

L’ambition affichée par les différents partenaires de l’opération serait d’établir un rendez-vous biennal qui permettrait de faire de Cotonou une nouvelle étape de transit dans la géographie africaine de l’art contemporain, aux côtés de Dakar et de Bamako notamment. Cette première édition, assurément, révèle et affirme le potentiel du Bénin à devenir l’un des acteurs culturels du continent noir. Mais tout développement culturel devra nécessairement s’accompagner de missions d’éducation et de sensibilisation afin de ne pas rester incompris si jugé élitiste. L’essai reste à transformer.

REGARD BENIN 1.0, jusqu’au 31 août, dates, lieux et horaires divers. Informations : www.regardbenin.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°328 du 25 juin 2010, avec le titre suivant : Le Bénin, nouvel acteur culturel

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